Musique, Bargier, choeur de chambre : rien que de l’énergie !

Il est vrai que l’église de la Ravine des cabris est propice, et son curé hospitalier à nos belles musiques, mais tout de même quelque chose a eu lieu ce samedi soir. Je pourrais discourir de tous, des solistes de la messe de Rutter par exemple, admirables, et puis des jeunes chanteurs de demain, si motivés dans Britten, dans Rutter. Semences d’avenir.

Je pourrais et je le fais, bravo à toutes et tous. Sincèrement bravo.

Mais ce que j’étais venu entendre avant tout c’était la Messe jazz de Chilcott, à laquelle j’avais été empêché par diverses circonstances. Ai-je eu raison d’insister ? Certes oui. Oui j’aime le jazz sous toutes ses formes et depuis disons quarante ans. Et apparemment Daniel Bargier (je le savais) et tout le choeur de chambre (je le supputais). Et ce soir tout d’un coup ce fut l’amalgame, la contrainte, le boeuf quand même, donc l’impossible. Et cela s’est fait !

Que tous les autres talents de cette soirée me pardonnent de mettre la focale sur cette dernière partie. Un ami choriste m’a dit : Tu as aimé ? Même le jazz ? Certes il ne me savait pas vieux fan du festival de Marciac…Certes encore je m’incline dans ce domaine devant ce grand poète et parmi mes maîtres, Jacques Réda. Mais enfin dans ce domaine où feu mon petit frère excellait (clarinette, sax alto Selmer) il me reste quelques lumières, que la superbe soirée de samedi a ravivées encore.

Des mois et des mois que je voulais entendre cette messe de Chilcott, et toujours des obstacles, je ne sais quoi la météo, la nuit trop profonde, mon black dog… Donc cette fois j’ai enfin vécu l’orgasme musical qui se dérobait à moi, et je puis affirmer que cet orgasme fut collectif, la meilleure des choses comme le confirmeront les survivants de l’Ile de Wight. De toute façon le jazz c’est ça, comme la messe au temps de Mozart, comme les opéras déments de Cavalli dont raffolait le jeune très jazzy Louis (quatorze). Entre les vieilles avant-gardes qui ne menaient nulle part (Boulez, Xenakis, etc) et les chapelles néotonales (Adams, Glass, Pärt, Rutter et bien d’autres) je ne choisis pas car il n’y a pas à choisir, ou plutôt c’est le public qui arbitre. Ce soir l’église était pleine et sonnait donc magnifiquement (nous y reviendrons le 26 mai avec Brahms) et le public a acclamé tout le programme proposé par Daniel Bargier et ses collaboratrices, co-directrices, élèves en terminale ou ce qu’il vous plaira.

La Messe pour les enfants de Rutter était à pleurer de beauté, et comme on aime ces voix d’enfants, leur enthousiasme à l’état natif (je me souviens de ma fille Jade et de l’ancien choeur d’enfants), tout cela a été remanié et amplifié de main de maître par Daniel. Mais c’était un plaisir de le voir danser notre maestro, chalouper sans plus rien diriger car pour quoi faire ? C’est cool, tout baigne, la chanteuse s’éclate et les sax, la basse, les percus de Vincent Philéas… Je ne vais pas comparer cela à l’émotion de ma vie dont j’ai parlé ailleurs, Stan Gets à Marciac un an avant sa mort, la batteuse noire comme rebondissant dans une cage à percus invraisemblable, et puis tant d’autres pointures, à Antibes, à Poitiers… Oui j’aime le bon jazz à la même hauteur que Brahms, Mahler ou Bartok ou Stravinsky. Cette Messe de Chilcott m’a donné une gifle dont je me souviendrai, d’abord en souhaitant ardemment de multiples rééditions, car toute notre ïle doit entendre cela. Et puis mes copains et copines choristes étaient si visiblement dans une volupté qui donnait envie, le maestro bien loin des affres de ce terrible requiem de Brahms, qu’on avait comme une pulsion de bondir avec eux comme fauves et bêtes à fourrure.

Bien entendu comme le voulait et l’annonçait le compositeur tous les instruments étaient les bienvenus. Alors la seule et mince réserve que je ferai c’est que dans une église vide la balance est très difficile, que nos amis n’en ont pas trop eu le loisir comme l’a expliqué Daniel puisque la vie d’une église continue, baptêmes, mariages, enterrements. Alors parfois les instruments couvraient un peu les voix, encore une fois c’est facile à corriger. Instruments d’ailleurs merveilleux, comme Denis Lapôtre que j’avais entendu dans la Gran Partita de Mozart et que je ne connaissais pas dans ce répertoire et le sens de l’improvisation qui s’impose.

Que dire encore ? Bravo.

Alain PRAUD

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