Nishat 240

Notre vie au fond est une galerie

de beautés ( femmes filles montagnes )

que plus personne ne nous disputera

quand du fond de l’oeil elles s’effacent

cérémonieusement chacune à son tour

comme un théâtre d’ombres sans musique

avec une élégance qui nous précède

Alain PRAUD

Nishat 239

Garder de l’enfance à portée

est devoir de poète ou de citoyen

On maîtrise à vie un jardin

de géraniums de roses trémières

On a pour amis des lombrics

des têtards des papillons

l’ombre d’une buse un lézard gris

furtif entre les pierres sèches

du muret où on est adossé

qui conserve le soir tombé

l’énergie de notre univers

Alain PRAUD

Nishat 236

Même pauvres les Romains avaient un esclave

ou deux qui balayaient la cour conduisaient

les enfants à l’école (pédagogues donc) et occupaient

le jour aux osselets à la taverne

Mon esclave sans prix est le silence

entre les mots que j’aventure il sait

ce que je dois couper et quand me taire

Ma fin l’affranchira et davantage

Alain PRAUD

Nishat 234

Un qui s’est perdu dans la forêt profonde

pas une fois mais souvent plein d’affects

répandus partout Que savait-il

Perdu dans sa mémoire et des images

d’infimes choses de quarante et cinquante ans

ou davantage ces chiffons doux qu’on a laissés

sous des feuilles

Alain PRAUD

Nishat 233

Chemins de forêt qu’on fait en se parlant

amassant autour de soi tout l’être

disponible ( épaisseur des mousses comme de l’air )

Ombre partout bêtes furtives tout l’invisible

présent agissant On finirait par oublier

à quel arbre on a confié son cheval

Alain PRAUD

Nishat 232

Tous les ciels enfin sont étroits

C’est à tel point qu’ils nous trahissent

Nous qui venons de monde colorés

à outrance fauves primitifs

sans passé qui peut le croire

Vraiment si les ciels s’étrécissent

ceux qui suaves s’y suspendent

à qui se fier ne sauront

et brûlant voleront au large

Alain PRAUD