Nishat 254

Ils sont partis par fierté

ou solidarité de village

ou parce que plus rien n’était possible

dans l’empan des deux mains

Ils flottent entre deux eaux

si jeunes souvent anonymes

On se souvient de ses seize ans

quand on nageait travers de Garonne

pour épater pour rien

Alain Praud

(12 septembre 2020)

Nishat 253

Au retour du Nez coupé du Tremblet

des oiseaux pourtant petits m’ont attaqué

à deux pouces du front Comment les blâmer

Mon premier passage les avait menacés

Alors couleur ou reflet sur le verre

( comprenez-moi l’oiseau a toujours raison )

Maintenant revoici le champ de cratères

et la voiture plus loin d’un million d’années

Alain Praud

(5 septembre 2020)

Nishat 252

Main droite main gauche

comment ennemies

La coupe et le flacon la plume

et le parchemin les doigts prévisibles

sur l’un ou l’autre clavier

L’Everest ou le Qomolungma

L’une et l’autre rives de la Bidassoa

Notre penchant pour les femmes les hommes

pour les incertaines les incertains

Et nous incertains même d’être

Alain PRAUD

(4 septembre 2020)

Nishat 251

Ce peu de loups qui hurlent à la lune

et d’ours qui font la capulette pour fuir

les chasseurs nous le sommes depuis toujours

ou ce que nous en disons depuis que la fétuque

est mortelle sous le pas et l’isard le sait

Si la pierre tombait juste où nous voulons

comme nos vies seraient limpides

Alain PRAUD

Nishat 250

Toutes ces vies que nous n’aurons pas eues

Compositeur botaniste avocat de renom

navigatrice au long cours architecte séducteur

professionnel brahmane à Bénarès

ou ces amis qu’on ne croise qu’une fois

Shafi Houria Midori ombres légères

nuages loin sur l’océan je vous retiens

Alain PRAUD

Nishat 249

Nous sommes tous un palais de Venise

bleu et tremblant dans une toile de Monet

Et combien de masques combien de maîtresses

( Fut un temps où chaque jour était Venise

et le lendemain un royaume à peine inférieur )

Maintenant que nous voyons Venise mortelle

chacun secrètement espère ne plus l’être

Alain Praud

Nishat 248

Hier j’ai choisi d’être immortel

au terme d’une action longuement mûrie

où furent pesés à loisir pour et contre

J’ai laissé mes chevaux dans un marais

de linaigrettes au vent léger

sous le pas de l’Escalette où planent les vautours

Il faut maintenant organiser cela

Tant de choses sont à connaître

C’est tout ce loisir qui me porte peine

Alain PRAUD

27 août 2020

Nishat 246

L’altitude est silence mais peuplé

L’air glacé où planent des vautours

est favorable à la pensée même provisoire

Il siffle et voilà le nez d’une hermine

On lui laissera des bribes savoureuses

Il y a un lac plus loin et difficile

On se surprend à parler à la montagne

en faisant sonner le piolet

Alain PRAUD

(25 août 2020)

Nishat 245

Le beau de l’océan ce sont ses rides

sous quoi s’ébat la vie immense

( bien davantage enfin que sous le ciel )

au point qu’on voudrait mille vies terrestres

et qu’on serait encore insatisfait

de n’être ni barracuda ni baleine franche

Plutôt s’enfouir infime

dans la mousse des abysses

Alain PRAUD

(21 août 2020)