Nishat 213

Le temps de notre vie n’est à nous ni personne

il s’écoule sous l’horloge des astres

et d’autres choses subtiles comme l’immense

gestion centralisée ( même pas sûr ) de ce corps

que nous croyons nôtre depuis si longtemps

et qui jour après jour par bribes nous échappe

sans vraiment nous en informer

tandis que le monde déroule son diaporama

Alain PRAUD

Nishat 211

Fleurs des chemins de mon quartier

( chemin Malraux, Eugène Sue )

fleurs de l’autre hémisphère dont on ne sait

les noms car nous manquons de botanistes

Humbles petites sans parfum

comme sur les talus les chemins

des campagnes de nos enfances

Herbes menues écoutez un instant

comme les oiseaux soudain vous parlent

Alain PRAUD

Nishat 210

Chaque jour qui se fait on peut craindre

quelque part dans le jour le vide

de son coeur le deuil définitif

d’une mémoire jusque là chérie

un coup de froid fatal à la mousse

qui nous revêt encore et sur laquelle

nous dormons comme avant sur le Sein

Alain PRAUD

Nishat 209

Loin dans le temps Ulysse est rentré

chez lui où personne ne l’attendait

que sa femme son chien son porcher

Nous aussi revenons de loin d’astres

quasi éteints d’étonnantes polices

Avons-nous conservé assez de douceur

pour nos enfants femmes chiens

Alain PRAUD

Nishat 207

Il est des poèmes de pluie

et des musiques d’ombre

couleurs de colère, de méditation

L’ennui de mon enfance avec ses

saveurs de persil de terre humide

de géranium de fenouil d’oseille

de jardins pleins de lombrics

Nombreuses sont les voies

qui mènent près du coeur des choses

Alain PRAUD