Nishat 228

S’imaginer (parfois) comme légendaire

après tant de verbes partagés ce serait

se souvenir d’un tilleul magique

de vieilles maisons comme le pain

de quatre livres qu’on rapportait fier

avec la monnaie sur la route sans autos

et le soir causer sous l’unique lampe

de la rue après tant d’insectes brefs

Alain PRAUD

Nishat 223

Ce monde est bien resté le même

Les oiseaux n’ont pas pris le pouvoir

et moins encore ici où ils règnent

toute l’année crieurs volubiles nicheurs

perpétuels qui nous ignorent

Quand chacun pensait mourir les tourterelles

à ma fenêtre roucoulaient dès l’aurore

dans la splendeur inhumaine de tout

Alain PRAUD

Nishat 222

Je secoue mon coeur dit-on en japonais

dans l’espoir insensé de tout comprendre

et le goût raisonnable d’aimer

ce qu’on aime sans amertume

N’est-ce pas que toute couleur est légitime

qui tombe sur nous d’un vitrail immense

Je sais que ce n’est pas possible mais

cette nuit ma plume est d’un calligraphe

Alain PRAUD

Nishat 221

Ce matin j’ai écrit un poème en rêvant

Il n’était pas plus onctueux que d’autres

mais un peu plus vertical d’humanité

C’est pourquoi je ne le donne pas ici

Non seulement je l’ai oublié en détail

mais son esprit même m’a déserté

C’est ainsi toute notre vie est un rêve

chamarré dans une époque sans esprit

Alain PRAUD