Tombeau de monsieur Samuel Paty

Anémones au miroir noir

Le col des fleurs s’incline et sombre

entre sens et absence ( le noir

dense sans épaisseur ni ombre )

Et la vertu noyée de nuit

interroge Frère que dis-tu là

Le devoir est comme rubis dans l’ombre

sa beauté ne dit rien d’elle-même

quelque chose du destin du monde

Le devoir s’est incorporé les mains ouvertes

comme pour prier mais personne

et pourquoi faut-il que rayonne

sur le miroir des anémones

un geste aussi universel

Le jour prolonge la nuit

sans jamais lui faire injure

Alain PRAUD

(25 octobre 2020)

On se souvient de ces automnes

Le sous-bois odorant bruissant sous le pas

Telle douceur que tout lâche prise

et que les arbres semblent discourir

( notre bien-être venu de l’entretien infini

de ces autres êtres si fraternels )

Très haut le ciel, déclin et envol du temps

Alain PRAUD

(4 octobre 2020)

Nishat 258

Le sol et le ciel et l’air et le feu

et la mer inlassable sans vent

Chacun devient un Centaure mourant

sous un ciel chaque soir incendié

Quand des oiseaux en nombre mesuré

sans prédateurs propagent la légende

d’un monde parfait là-bas au loin

Alain PRAUD

(22 septembre 2020)

Nishat 255

Je glisse gris dans les eaux noires

lisse silencieux prodige de l’évolution

je croise des espèces dorées que m’importe

je m’applique à ne pas scintiller

L’absolue solitude est mon lot

J’ai seize opercules bien clos

d’où s’élancer la disparition

pour jamais de l’intelligence

Alain PRAUD

(13 septembre 2020)

Nishat 254

Ils sont partis par fierté

ou solidarité de village

ou parce que plus rien n’était possible

dans l’empan des deux mains

Ils flottent entre deux eaux

si jeunes souvent anonymes

On se souvient de ses seize ans

quand on nageait travers de Garonne

pour épater pour rien

Alain Praud

(12 septembre 2020)

Nishat 253

Au retour du Nez coupé du Tremblet

des oiseaux pourtant petits m’ont attaqué

à deux pouces du front Comment les blâmer

Mon premier passage les avait menacés

Alors couleur ou reflet sur le verre

( comprenez-moi l’oiseau a toujours raison )

Maintenant revoici le champ de cratères

et la voiture plus loin d’un million d’années

Alain Praud

(5 septembre 2020)