Nishat 305

Sur la grande prairie l’éternelle parsemée

de bétail calleux planent nos mères

portant nos rêves de westerns de marilyns

de bandes dessinées en noir et blanc

Nos mères préfèrent les éclairs au café

et les cigarettes mentholées une fois l’an

Toutes les mères qu’on a aimées

sont des paysages de Rachmaninov

AP

( 31 mai 2021 )

Nishat 304

Jeunesse est la douceur l’excès

jusqu’à son bord coupant

Chevaux dromadaires nous emportent

à ce qu’on bouscule du coude du poing

caressant les joncs des obstacles d’eau

et le nez levé à une hirondelle

Tout le corps est enveloppe

L’air des cimes a goût de schiste

AP

( 21 mai 2021 )

Nishat 303

Lumière sur l’herbe et combien sur le givre

Nos animaux l’hermine d’été la salamandre

le vautour fauve porté par les ascendants

comme nous au fond sans idée ni rien

Peu aptes à penser la nature comme être

ce qu’elle est pourtant sans nous complaire

Quel mérite pour nous à la fin des fins

AP

( 14 mai 2021 )

Nishat 302

La forêt tropicale n’est pas notre amie

Elle nous toise de ses essences rares

chargées d’oiseaux de carabes de termites

invincibles de mousses d’orchidées épiphytes

Araignes immenses profondes racines

Comme elle n’est pas amie nous la vénérons

C’est bien assez que la pente des eaux

suive celle de nos rêves

AP

( 11 mai 2021 )

Nishat 301

Thomas Pesquet notre frère en espace

fait la promotion de l’idée de bonheur

Il est seul à voir la courbe de ce monde

( et donc que ce monde est si féminin )

Il est quelque chose de science en surplomb

et comme un prolongement de notre humanité

là même où nous la savons si improbable

Comme Tintin quasi nu il flotte une fois

ou deux dans ce vide maternel où nous reviendrons

AP

28 avril 2021

Nishat 299

Une nuit je le sais tu viendras me parler

non de ta voix vieille écaillée par les ans

mais de celle encore adolescente que j’entendais

en nous ( jolie comme la jeune reine )

Couché sous les lilas de la voisine entre les roses

trémières du petit jardin quelqu’un attend

d’un blues infini l’accord suspendu

AP

(25 avril 2021)

Nishat 298

Sépulture rêvée dans les vignes intimes

villageoises parmi les poireaux les asperges

et les pêches surtout tant plus goûteuses

en calottant ainsi soit-il les guêpes

Notre sépulture est au coeur humain et même

un peu derrière le plus palpitant

AP

(21 avril 2021)

Nishat 297

Mondes lointains que nous entrevoyons

lumineux ou non (selon nos échelles)

laissez-nous flotter vers vous lentement

impassibles voyageurs du vide – sans

doute croisant parfois d’autres lueurs –

jusqu’à nous repentir (mais à quoi bon)

d’avoir cru à quelque vide ici-bas

AP

(19 avril 2021)

Nishat 296

A bras le corps dans la vieille forêt

où je te convie mon âme si tu veux

( et pas seulement des ondes sur de l’eau )

Le monde qu’on a craint se jette à nous

pousse et rhizome sous les feuilles

Et alors mes amis comme tout va s’écrire

AP

(14 avril 2021)