Nishat 250

Toutes ces vies que nous n’aurons pas eues

Compositeur botaniste avocat de renom

navigatrice au long cours architecte séducteur

professionnel brahmane à Bénarès

ou ces amis qu’on ne croise qu’une fois

Shafi Houria Midori ombres légères

nuages loin sur l’océan je vous retiens

Alain PRAUD

Nishat 249

Nous sommes tous un palais de Venise

bleu et tremblant dans une toile de Monet

Et combien de masques combien de maîtresses

( Fut un temps où chaque jour était Venise

et le lendemain un royaume à peine inférieur )

Maintenant que nous voyons Venise mortelle

chacun secrètement espère ne plus l’être

Alain Praud

Nishat 248

Hier j’ai choisi d’être immortel

au terme d’une action longuement mûrie

où furent pesés à loisir pour et contre

J’ai laissé mes chevaux dans un marais

de linaigrettes au vent léger

sous le pas de l’Escalette où planent les vautours

Il faut maintenant organiser cela

Tant de choses sont à connaître

C’est tout ce loisir qui me porte peine

Alain PRAUD

27 août 2020

Nishat 246

L’altitude est silence mais peuplé

L’air glacé où planent des vautours

est favorable à la pensée même provisoire

Il siffle et voilà le nez d’une hermine

On lui laissera des bribes savoureuses

Il y a un lac plus loin et difficile

On se surprend à parler à la montagne

en faisant sonner le piolet

Alain PRAUD

(25 août 2020)

Nishat 245

Le beau de l’océan ce sont ses rides

sous quoi s’ébat la vie immense

( bien davantage enfin que sous le ciel )

au point qu’on voudrait mille vies terrestres

et qu’on serait encore insatisfait

de n’être ni barracuda ni baleine franche

Plutôt s’enfouir infime

dans la mousse des abysses

Alain PRAUD

(21 août 2020)

Nishat 244

Il faut vivre avec le sens de la perte

et du vide relatif sans doute mais

impérieux qui fait sa niche dans le foie

les poumons les choses intestines

( le cerveau a bien d’autres priorités )

– le vide matériel de la perte des gens

et parfois des choses (la moindre étoffe) –

dans des maisons devenues sonores

comme des manoirs sans âge

ou des tombeaux trop grands

Alain PRAUD

(19 août 2020)

Nishat 243

Et pourquoi nourrir des regrets

La brume monte du lac profond

jusqu’aux derniers pins à crochets

Dans l’aube acide un corbeau freux croasse

On le salue comme un encouragement

Toujours plus haut dans la fraîcheur de vivre

Bientôt tout sera minéral

et cependant fourmillement

Alain PRAUD

(16 août 2020)

Nishat 242

Notre vie sur les genoux des dieux

La captive aux yeux bleus la cigarière

La danseuse de Delphes ( une fois on a rêvé

dans une langue évanouie ) Ruissellement d’arpèges

entre les coussinets de fleurs d’altitude

Cette vie infiniment recomposée qui par éclats

nous laisse sur un champ d’occis et de navrés

piétant aussi haute que nous la fougère-aigle

Alain PRAUD

(14 août 2020)