Nishat 258

Le sol et le ciel et l’air et le feu

et la mer inlassable sans vent

Chacun devient un Centaure mourant

sous un ciel chaque soir incendié

Quand des oiseaux en nombre mesuré

sans prédateurs propagent la légende

d’un monde parfait là-bas au loin

Alain PRAUD

(22 septembre 2020)

Nishat 255

Je glisse gris dans les eaux noires

lisse silencieux prodige de l’évolution

je croise des espèces dorées que m’importe

je m’applique à ne pas scintiller

L’absolue solitude est mon lot

J’ai seize opercules bien clos

d’où s’élancer la disparition

pour jamais de l’intelligence

Alain PRAUD

(13 septembre 2020)

Nishat 254

Ils sont partis par fierté

ou solidarité de village

ou parce que plus rien n’était possible

dans l’empan des deux mains

Ils flottent entre deux eaux

si jeunes souvent anonymes

On se souvient de ses seize ans

quand on nageait travers de Garonne

pour épater pour rien

Alain Praud

(12 septembre 2020)

Nishat 253

Au retour du Nez coupé du Tremblet

des oiseaux pourtant petits m’ont attaqué

à deux pouces du front Comment les blâmer

Mon premier passage les avait menacés

Alors couleur ou reflet sur le verre

( comprenez-moi l’oiseau a toujours raison )

Maintenant revoici le champ de cratères

et la voiture plus loin d’un million d’années

Alain Praud

(5 septembre 2020)

Nishat 252

Main droite main gauche

comment ennemies

La coupe et le flacon la plume

et le parchemin les doigts prévisibles

sur l’un ou l’autre clavier

L’Everest ou le Qomolungma

L’une et l’autre rives de la Bidassoa

Notre penchant pour les femmes les hommes

pour les incertaines les incertains

Et nous incertains même d’être

Alain PRAUD

(4 septembre 2020)

Nishat 251

Ce peu de loups qui hurlent à la lune

et d’ours qui font la capulette pour fuir

les chasseurs nous le sommes depuis toujours

ou ce que nous en disons depuis que la fétuque

est mortelle sous le pas et l’isard le sait

Si la pierre tombait juste où nous voulons

comme nos vies seraient limpides

Alain PRAUD

Nishat 250

Toutes ces vies que nous n’aurons pas eues

Compositeur botaniste avocat de renom

navigatrice au long cours architecte séducteur

professionnel brahmane à Bénarès

ou ces amis qu’on ne croise qu’une fois

Shafi Houria Midori ombres légères

nuages loin sur l’océan je vous retiens

Alain PRAUD