Nous, deux ourses, et l’esprit du monde (Inactuelles 75)

J’ai épousé les Pyrénées en 1974 et pour 32 ans. Je n’étais pas absolument étranger : ma grand-mère, Yvonne Couteille, était née près de Marmande, d’un père mystérieux et beau parleur aux filles, né près de Lourdes et qui parlait catalan, dit-on. Mais c’est vraiment en 1974 que j’ai découvert les Pyrénées à Luchon, et quel plus beau belvédère ? Et tout de suite je me suis intéressé à l’ours, allez savoir pourquoi puisqu’il n’y en avait plus depuis longtemps. Mais la vie, une nouvelle compagne, m’a agrégé à un clan, larboustois de toujours sans doute, vassal d’Aragon, soumis à personne. Mon fils est de cette race, comme on disait aux âges classiques.

Et j’ai raconté il y a longtemps comment je suis entré dans l’intimité du chaman chippewa, le chef du clan, arrière-grand-père de mon fils qui ne l’a presque pas connu, il n’importe. Le chaman s’appelait Barthélémy Oustalet, et cet homme est sans doute le plus fort témoignage qu’il m’ait été donné de ce que devrait être l’humanité si vraiment elle voulait perdurer. Je l’ai dépeint dans les profondeurs de mon blog, « Le dernier ours », allez-y voir ça se mérite (octobre 2010). D’un regard il savait qui était homme ou bête, et dans cette bête ou homme qui était digne. De quoi ? Digne. A la suite de quoi il ne faisait aucune différence entre bête et homme. De sorte que j’ai vite compris avec lui que l’ours ou l’homme c’était pareil.

A son époque (il était né en 1914) il y avait environ 300 ours dans les Pyrénées, j’entends des indigènes ,Ursus arctos pyrenaicus, cette espèce éteinte à jamais parce qu’un chasseur trouillard a pris Cannelle, l’ultime femelle, sans doute pour un Grizzly ou un Kodiak. Or je le redirai cette espèce craint l’homme et à juste raison, ce pourquoi on ne la voit jamais. Pardon, je parle au présent alors qu’elle est anéantie. Mais c’est exprès. Dès mon arrivée ou presque, dès que j’ai connu Barthélémy je me suis passionné pour l’ours et en bon universitaire (j’étais normalien après tout) je me suis lancé avec sa collaboration dans une enquête qui se voulait sérieuse. J’en ai appris certes sur l’ours mais bien plus comme on l’imagine sur celles et ceux qui prétendaient l’avoir vu…

Car l’indigène était tellement craintif que rares pouvaient assurer l’avoir vu. A commencer par moi qui ai arpenté forêts et monts en solitaire souvent, sans en avoir aperçu la queue d’un comme on dit, mais lui sans doute m’observait ou plutôt me reniflait car il est assez myope. Un de mes élèves, Sénégalais, plus tard brillant avocat quoique bègue, me certifiait l’avoir vu dans des circonstances abracadabrantesques. Barthélémy lui l’avait vu et tué, même si c’était par méprise lors d’une battue au sanglier. L’ours surpris s’était mis debout bien plus impressionnant, devant un fusil il n’avait aucune chance. Mais ce n’est pas forcément la bonne version. Car dès qu’il s’agit de l’ours tout le monde a tendance à délirer : ceux qui l’ont vu ou entrevu, plus encore ceux qui ne l’ont vu que par ouï-dire. Je dis ceux, car sur ce sujet les femmes sont interdites au sens exact : on les empêche (ou elles s’empêchent) de parler. Je constate. L’ours est une question virile, sans doute depuis Lascaux et Altamira. Barthélémy lui-même n’en parlait qu’avec ce léger tremblement du larynx qui signale le respect quasi religieux. La seule fois de sa vie où il avait tué un ours il l’avait appelé Moussu, Monsieur. Il était aux palombes avec ses copains, et c’est l’ours, surpris (le vent ne lui était pas favorable sûrement) qui se pointant dans leur dos bien sûr s’était érigé menaçant, terrifié. Avant de le fusiller avec des petits plombs qui de si près faisaient balle, il avait eu le temps de lui dire, terrifié lui aussi : Que fais-tu là, monsieur ? En gascon de montagne bien sûr, le seul idiome que l’ours pouvait comprendre. Et même ce n’est pas cette fois-là qu’il l’avait appelé Moussu, mais une nuit à l’estive, pour le faire fuir.

A cette époque, les années 1930-1960, il y avait encore sans doute quelques centaines d’individus de cette espèce omnivore, et en réalité végétarienne à 90% comme partout au monde (l’ours polaire, exclusivement carnivore et pour cause, s’éteint sous nos yeux). Au début des années 80 j’ai enquêté auprès d’anciens bergers et vachers, gascons, aranais, aragonais, censés avoir vu la bête. Je rapportais leurs propos à mon chaman qui faisait le tri (celui-là c’est un menteur de première, etc). A ces époques les ours étaient nombreux mais les bergers et vachers plus encore, qui gardaient les estives avec leurs chiens border-colleys et surtout les placides patous capables d’affronter l’ours qui le savait. Il pouvait y avoir des failles dans ce système de défense mais elles restaient rares. Personne n’était indemnisé. De nos jours c’est tout l’inverse : il n’y a presque plus d’ours et slovènes donc rares sont les éleveurs qui se protègent, bergers et patous se font rares, les animaux tués sont indemnisés par l’UE sans vérifier si les tueurs sont ours ou chiens errants, d’ailleurs comment savoir ?

Au vrai si l’ours fut un personnage de légendes populaires innombrables (Jean de l’Ours, etc), son successeur slovène, lui, est un objet de fantasmes (intéressés, on s’en doute) qui ne reculent ni devant la désinformation (ne laissez plus sortir vos enfants ! régression Chaperon rouge), ni devant l’intox pure et simple. C’est ainsi qu’on a vu circuler sur les réseaux dernièrement une invraisemblable vidéo d’abord prise pour argent comptant par FR3 ce qui est un comble (c’est notre argent), où l’on voyait un ours noir attaquer un veau dans une forêt à l’évidence nordique et pour cause : le document était russe ! Ce qui en passant dit autre chose : que le lobby des éleveurs anti-ours/écolo/Hulot/Macron/Europe (mais largement subventionné par ladite Europe) n’hésite pas à manger au râtelier de Poutine, ce grand démocrate qui ne rêve que de la mort de l’Europe son ennemi principal, et qui a la haute main sur tout produit communicant qui sort de Russie, il faut être nourrisson ou le Ravi de la Crèche pour en douter désormais. Ainsi des battues « d’effarouchement », parfaitement illégales, ont été organisées en vallées d’Aspe et d’Ossau pour rejeter ces deux pauvres femelles en Espagne (il avait d’abord fallu les déposer en hélico car les routes étaient barrées, illégalement bien entendu).

Sans polémiquer au plan local qui m’importe peu, cette agressivité irrationnelle laisse mal augurer des temps mauvais qui nous attendent avec l’inéluctable changement ou plutôt bouleversement climatique qui nous pend au nez non pas demain mais dans cinq minutes. Les intérêts particuliers vont se déchaîner dans un embrouillamini de micro guerres civiles et étrangères, où il faudra ramener à la raison non des bêtes (déjà plus raisonnables que nous) mais des hommes perdant le sens. Comme beaucoup le prédisent il y faudra des Etats très autoritaires et ne reculant pas devant l’usage de la force dans l’intérêt général. Rappelons déjà aux excités que la destruction d’espèces protégées en bande organisée est passible de 750 000 euros d’amende et 7 ans de prison. Mais quand il faudra restreindre collectivement notre confort pour préserver les grands équilibres biologiques dont nous sommes partie prenante, il est à craindre que le bon sens, la chose du monde la mieux partagée selon Descartes, ne fasse à beaucoup défaut. C’est alors seulement qu’on verra si l’esprit du monde souffle assez puissamment pour faire obstacle aux eaux glacées du calcul égoïste.

Alain PRAUD

Voir aussi :
Nicolas, écolo et martyr (septembre)
Le Dernier Ours (octobre 2010)

Mono no aware, 47 : Athéisme, mode d’emploi

Par exemple je n’aime rien tant que la musique sacrée, la belle, la très belle. Celle que je chante (Vivaldi, Mendelssohn, Rossini, Mozart, Brahms, Bruckner), celle que je rêve de chanter (Berlioz, Brahms encore, Verdi, Duruflé, Poulenc, Ligeti). Dès qu’il s’agit de Dieu le champ (le chant) est immense, et rien que pour les XVII-XVIIIème siècles des milliers de partitions, souvent admirables, dorment dans des bibliothèques, des couvents. Surtout en Italie. Il y a de quoi chanter du nouveau pour des siècles. Mais pourquoi diable chanter Dieu ? Son fils, le Saint-Esprit, e tutti quanti ?

Prenons un peu de recul. La première grande controverse entre marxistes, marxistes-léninistes (trotskystes) et marxistes-léninistes- stalinistes – maoïstes, n’a pas eu lieu dans les années 1970 de notre ère païenne. Mais lors du premier concile de Nicée (mai-juillet 325) sous le règne de Constantin, fondateur officiel du Christianisme d’Etat. Il s’agissait de fixer la question, en effet fondamentale, de la consubstantialité du Père et du Fils. Tandis que les Ariens (par exemple les puissants royaumes wisigoths d’Espagne, de Toulouse, du Languedoc) soutenaient que le Fils est de substance « semblable » (en grec : omoiouisios) à celle du Père, les tenants de l’orthodoxie impériale (seuls « catholiques », donc) soutenaient que le Fils est de « la même substance » que le Père (en grec toujours : omoousios). Comme on le voit il n’y a qu’un iota (i) de différence entre les deux thèses. Comme les Nicéens ont triomphé (de façon sûrement contestable : il n’y avait que 318 évêques présents, et on imagine les difficultés de circulation et de communication dans l’Empire tardif), nous est restée l’expression « ne pas varier d’un iota » que plus personne ne comprend, justement parce que plus personne ne participe à ce débat absurde.

J’ai l’air de me gausser, mais qu’en est-il de nos débats actuels sur le mariage pour tous ou la PMA, et avant cela sur l’avortement et même la contraception ? Heureusement que l’histoire des peuples est toujours la plus forte, car nous serions enlisés comme le Paris-Dakar dans une histoire de iotas et qui l’accepterait ? Heureusement que Paul VI en 1967 a levé l’excommunication de Luther, après que Jean XXIII et Vatican II eurent cessé de déclarer les Réformés hérétiques, tout vient à point pour qui sait attendre. Il faudra attendre Jean-Paul II pour une vraie réconciliation avec l’Eglise orthodoxe, fâchée elle sur la question des images principalement, depuis le schisme du XIème siècle. On a tout son temps, n’est-ce pas.

J’en viens à l’essentiel. Comme dit l’autre je suis athée grâce à Dieu, et comme ce serait confortable s’il en allait ainsi. Cette proposition est dérisoire parce qu’elle est intenable, puisque l’athéisme postule la même certitude que celle des croyants (du moins tant que ceux-ci n’affirment pas que la Terre est plate, que les dinosaures sont une invention du Diable, et que jamais au grand jamais nous n’avons eu pour ancêtre une espèce de singe, ça va pas la tête ?). Ce que nous savons c’est que nous ne savons rien, Pascal l’avait déjà dit, « Un peu de science éloigne de Dieu. Beaucoup en rapproche », proposition sur un bout de papier qui ne cesse de nous interroger, puisque ceux qui se tiennent au courant savent que plus nos instruments sont performants plus ils nous posent de nouveaux problèmes théoriques. Par exemple nous sommes obligés (déjà c’est incroyable, obligés) désormais de postuler pour expliquer la masse de l’univers dont nous ne savons rien mais qui cloche, une « énergie noire » dont nous ne savons rien non plus et qui pèserait 80% de la masse globale de l’Univers… Il faut avouer que devant cela Dieu tient encore la route, du moins quelque chose dont je m’expliquerai plus loin.

Mais à l’origine de cet article je voulais m’indigner contre les persécutions dont sont victimes les athées et dont personne ne parle. Déjà il faut savoir que si vous prétendez voyager dans des pays musulmans (il paraît que ça existe, cette formulation est en elle-même scandaleuse) (imaginez un instant qu’on parle de pays chrétiens ? Eh bien dans les « pays musulmans » on en parle). Mais il y a bien plus : déjà pour entrer en Egypte il fallait se dire d’une religion du Livre, bientôt les choses seront encore plus claires : religieux sinon rien. L’athéisme ne sera pas une option, et mieux, un stigmate. Cela sous la pression, que chacun connaît, des Frères Musulmans dans ce pays (rappelons que le violeur présumé Tariq Ramadan est le petit-fils du fondateur de cette secte). Il y a déjà 13 pays qui ont inscrit la peine de mort sous peine d’athéisme, pays tous musulmans il va sans dire.

Il va sans dire, et pourquoi ? Comme avant 1789 en France, pays pionnier sur ce chapitre, il faudrait que l’Europe au moins sépare enfin les églises de l’Etat, du bien commun. On en est loin. Il faudrait que toutes les religions déclarent solennellement que l’athéisme n’est pas diabolique, qu’il est une option de pensée comme une autre et aussi respectable (comme ailleurs le taoïsme et le confucianisme, le bouddhisme ramayana ou hinayana). Mais dans la France de 2017 on ne peut pas supposer un instant que comme dans l’Amérique trumpiste ou la Russie poutienne, il soit impossible, dangereux, diabolique, d’être athée et surtout de se déclarer tel.

C’est sur ce point que je voulais insister car il concerne la communauté humaine et non seulement moi son misérable exemplaire. Il y a plusieurs définitions de l’athéisme, certaines très militantes auxquelles je n’adhère pas. Pour moi l’athéisme est d’abord la possibilité d’une option : vous dites que ce monde est sans dieu, vous n’irez pas en prison pour autant. Pas comme au Pakistan, en Arabie saoudite, que sais-je, bientôt l’Egypte apparemment. On les comprend ces dictatures : il faut maintenir le peuple prosterné, et quoi de mieux que des religions qui prosternent les croyants ?

Mais selon moi l’athéisme est libérateur, en cela d’abord qu’on peut revenir en arrière sans être déclaré apostat et que soit lancée contre vous une fatwa de mort. Au vrai je ne sais pas si je suis vraiment athée, ou opposé aux structures verticales de l’Eglise catholique, ou si je doute fondamentalement devant la question du juge Porphyre à Raskolnikov : « Croyez-vous à la résurrections de Lazare ? – Oui, dit l’étudiant assassin. – Y croyez-vous littéralement ? » Littéralement c’est la question qui tue. Bien ou mal écrits les textes ont fait jusqu’ici le malheur de mes semblables. Bien sûr que la résurrection de Lazare a un sens puissant comme symbole (et symbole incroyable, scandaleux, au Premier siècle, et principalement justifié de la résurrection future de Jésus lui-même) ; en même temps scientifiquement elle est absurde (surtout que « il sentait déjà » : l’Evangile lui-même dit le doute que la foi doit combattre jusqu’à l’impossible). Plus va, et plus jamais je ne méprise comme athée les arguments religieux car ils ont un sens de ciment et d’union.

Les archéologues modernes ont retrouvé le tombeau de Lazare, du moins son archétype, dans les sous-sols de Jérusalem, là où on inhumait effectivement les vrais gens. Il y avait d’abord un tombeau provisoire creusé dans le tuf et commun à tous les morts, on y laissait le défunt deux jours puis on le transférait à sa sépulture définitive. Ce qui explique que Lazare soit encore là et non pas enterré, et l’injonction « Lazare, sors ! – Et le mort sortit », car il fallait en effet qu’il sortît de ce logement dans le tuf qui n’était pas sa dernière demeure fût-il cousin du Christ. Il a eu du pot mais il a bien fini par mourir quand même sûrement le pauvre diable. Ainsi soit-il.

Alain PRAUD

Mono no aware, 46 : La beauté en héritage, et combien c’est injuste

Ce soir sur ma chaîne préférée Mezzo mis à part, il y avait Benjamin Biolay de qui je ne pense rien sinon qu’il est mignon si vous voulez même à son âge. Et Chiara Mastroianni dont j’ignorais, je l’avoue, qu’ils étaient séparés après 8 ans de vie commune. Je ne connais toujours pas les oeuvres complètes de Biolay, cela me semble de qualité dans le genre. Mais je connais Chiara depuis longtemps parce qu’elle est à mes yeux un miracle génétique : son sourire éclatant est celui de Deneuve, dès que passe un nuage on voit Marcello. Or si comme on dit chez moi je suis là et là concernant le talent de Catherine (tout dépend des films, vraiment), au cinéma mon dieu c’est Marcello.

De tout le cinéma italien et autre mais italien surtout entre les années 50 et les années 80 et même 90 qui peut rivaliser avec Mastroianni ? Ce type a rendu caduc le fameux Paradoxe du comédien de Diderot : ce qu’il jouait, on voyait bien que c’était lui. Alors que toutes les actrices rêvaient de le baiser, « Une journée particulière » où il est un homo persécuté par Mussolini c’est encore lui. Et on ne s’étonne même pas qu’il baise avec Sophia Loren. Il est vrai qu’aux chefs-d’oeuvre on permet tout.

Bien sûr ce soir mon idole était absent, comme toujours j’étais en grand deuil mais au moins sa fille était là. Il y a une vingtaine d’années j’étais saisi par son double visage dont je parle à l’instant. Or là plus du tout ou presque : Elle et Biolay sont ensemble sur le plateau, chantent même ensemble un truc pas franchement génial à mon avis mais avec une ferveur intacte et qui se sent.

Alors ce petit moment de people dont je suis des plus parcimonieux m’inspire deux réflexions :

1) Chiara par pitié cessez de maigrir ! Le fameux double visage est en voie d’extinction au profit de cette immense mélancolie de Marcello, je l’aime tellement mais…
2) Votre amour intact crève les yeux. Vous en faites ce que vous voulez puisque le monde vous regarde, mais enfin ça crève les yeux. Au moins les miens.

Alain PRAUD

Mono no aware, 45 : Le visage de Michel Bouquet

Mon père (1911-1998) ressemblait étonnamment à Michel Bouquet. En tout cas dans les années 60 de l’autre siècle il lui ressemblait à s’y méprendre. Cependant il n’était jamais monté sur scène à ma connaissance (sa vie avant 1940 était un secret d’Etat). En 1966 il se résolut à acheter une télé en noir et blanc, et c’est avec lui que j’ai vu Michel Bouquet. Je me souviens de cette scène forte : assis à sa droite devant l’écran je ne pouvais manquer aucune de ses réactions. Il s’agissait du Malade imaginaire, suprême ironie tant mon père, à ce moment et jusqu’à la fin, hypocondriaque typique, s’abreuvait de tisanes magiques. Ce pourquoi j’ai assisté avec lui à la scène 1 de l’acte I, où Argan épluche méthodiquement les ordonnances extravagantes et surtout dispendieuses de ses médecins, comme si c’était de lui qu’il s’agissait. Et tout de suite il a franchi la distance, traversé l’écran. Il était Michel Bouquet. Il ne cesserait plus de le vénérer.

Et moi aussi Michel Bouquet je le vénère. Bien entendu qu’il sublime à lui seul l’image paternelle fort contestable par ailleurs comme chez tout un chacun, mais au fond c’est fini pour moi : je ne vois plus que lui, surtout je n’entends que lui, et sa voix est si différente. Ce soir sur la 5 il était l’invité pour son rôle de FurtWängler, et il y est terriblement crédible, comme dans Ionesco, Shakespeare, Molière et qui l’on voudra. On peut relire Le paradoxe du comédien de Diderot, cette lecture n’épuisera jamais le mystère de l’identification tout en restant soi-même qui fait la magie du théâtre.

Michel Bouquet a un visage comme tout un chacun, et selon Emmanuel Levinas c’est justement le visage humain qui par son épiphanie est l’humanité entière. Et j’en suis comme lui et par lui convaincu. D’abord parce qu’il n’a plus vraiment de corps – certes nonagénaire mais pas seulement : identifié à ces troncs tels que Beckett, et s’il l’eût osé Shakespeare, celui qui osa secouer la poire selon Jarry. Il est en train de devenir un masque, le masque grec que chaque acteur portait, et pas forcément toujours le même, comique ou tragique. Mais il va plus loin en ce que le masque lui-même s’anime, généralement bienveillant et rieur en société, tout autre sur scène au besoin c’est à dire tout le temps. De sorte que le visage de Michel Bouquet, c’est le visage humain lui-même. Et au fond c’est tout le théâtre depuis les Grecs au moins – peut-être plus loin, Proche-Orient, Inde, Chine, nous n’en savons trop rien. Michel Bouquet maintenant il suffit qu’il hausse les sourcils à peine, ou une inclinaison de tête, pour que le monde cultivé s’interroge sur l’originalité de son interprétation. Mais c’est idiot, et c’est trahir le modèle : non seulement Bouquet n’a jamais prétendu confisquer un rôle à la postérité, mais on reste admiratif devant ses enthousiasmes pour les jeunes acteurs et metteurs en scène. Il est lui-même et d’autant mieux qu’il est en situation de passer le relais.

Et c’était ce soir sur la 5 une occasion unique, quoique trop brève bien sûr de le voir au naturel pour ainsi dire : à table, honoré, plaisantant, honorant les autres et surtout les plus jeunes, sans réserve. Un gentleman ? Surtout un grand artiste dans sa vérité et son authenticité. Ce spécimen humain devient si rare qu’à défaut d’ espèce protégée on pourrait au moins le faire largement connaître. Mais ne rêvons pas : les agents de starlettes aussi ridicules que fructueuses veillent jalousement au grain. Puisque c’est le leur. Et sans le moindre investissement. Comme ils disent : elle est pas belle, la vie ?

Alain PRAUD

Mono no aware 43 : Itsy bitsy burkini, et autres sornettes

Chers lecteurs de par le monde vous me connaissez maintenant, je suis capable de légèreté certes et je le revendique ; mais un article sur le maillot de bain ? J’avoue que je m’y suis longuement refusé avant de céder. A quoi ? Simplement à la raison, sans majuscule. Car quel fut, tout cet été, le sujet de conversation des campings comme des salons chers à d’Ormesson ? Le burkini. Le mot et la chose nous ont été assenés en même temps avec l’autorité médiatique, autrement dit théologique, qui convenait. C’était, n’est-ce pas, LE sujet de société entre deux attentats. Le feu a pris sous les bonnets de bain et c’est remonté jusqu’au Conseil d’Etat qui a statué : circulez.

Pas besoin de grands diplômes de droit dont je suis dépourvu pour imaginer cette issue qui nous ridiculise, double peine, aux yeux du monde entier pour qui telle plage et Paris même combat : la France est brocardée à tout va pour son intolérance par des gens qui trouvent naturel (vu le second amendement de leur constitution) que des étudiants viennent en cours avec une mitraillette. Chacun sa mode en effet. Il n’empêche, on aurait pu se passer de cette mauvaise publicité, qui plus est reprise en écho par des prétendants, et non des moindres, à l’élection de 2017. Car point n’est besoin de s’élever jusqu’à l’Empyrée : les arrêtés municipaux anti burkina sont une ânerie monumentale, et dans le système législatif de n’importe quelle démocratie. L’arbitrage du Conseil d’Etat était écrit d’avance. Alors pourquoi tout ce tintouin ?

Avant tout débat sérieux je propose que sur quelque plage que ce soit on puisse se présenter en tenue d’Eve et d’Adam, quels que soient son apparence, son âge, sa condition. Déjà on y verra plus clair dans les attributs bizarres. Puis si des gens veulent partager ces lieux publics en restant couverts à leur guise, au fond que m’importe, et à quoi bon légiférer ? L’argument selon lequel il y aurait eu soudain un besoin de la femme islamique de se baigner halal ne tient pas une minute, puisque on n’a trouvé en tout et pour tout qu’une baigneuse dans cette tenue improbable, du reste fort érotique si l’on a comme moi l’esprit mal placé comme disait ma grand-mère.
Car après tout on n’est pas loin des concours de t-shirts mouillés du Cap d’Agde, en soi une espèce de Babylone.

Non, s’il faut trouver quelque part un complot eh bien il sera islamiste, et avec ces gens on a peu de risque d’errer : oui le burkini est une provocation islamiste, une de plus, destinée à fragiliser dans notre pays le contrat social (avez-vous remarqué que plus personne n’emploie cette expression, la seule valable pourtant, estampillée Rousseau ?) ; oui, c’est une atteinte à la liberté de la femme dans les pays islamiques (sauf donc, j’espère, la France, ce qui veut dire que les Françaises s’en débrouillent seules, sans le secours des lois) ; et, oui, cette affaire n’a rien à faire avec le corpus des lois françaises, et au-delà avec la législation internationale sans laquelle on n’existe plus réellement, n’en déplaise à quelque harengère.

Sans entrer plus avant dans un débat qui n’est pas que ridicule sans doute mais révélateur de nos peurs collectives, ce n’est pas tant le sujet qui m’inquiète que la façon de le traiter. Tel empiètement sur l’espace admis par nous comme laïque, il convient en effet d’en débattre, sereinement et de façon contradictoire. Mais interdire à une femme de se baigner vêtue comme elle l’entend est tout bonnement impossible (même si on peut discuter, avec et sans elle, de ses raisons) dans le droit actuel. Dans un autre millénaire ce sera une autre paire de manches, au vrai assez peu prédictible. En l’état on peut penser à une provocation islamiste – si c’est le cas nous ferions bien de nous y blinder, au lieu de surréagir comme des adolescents boutonneux.

Alain PRAUD

Mono no aware, 42 : Le rappeur de Verdun

Faut-il rappeler au monde une anecdote soluble dans les vacances mais que le monde entier a déjà vu passer, fugitive, labile comme un songe de réveil, car désormais tout nous arrive ainsi, même sans doute notre propre mort. Le songe disait que pour célébrer (déjà ça : célébrer) le centenaire de la bataille de Verdun (« boucherie héroïque », comme l’anticipait Voltaire, déjà), était prévu devant les jeunes de France et d’Allemagne convoqués pour sceller ad vitam aeternam une union des peuples unique au monde…était prévu quoi ? Un concert de rap, avec un certain Black M, auparavant connu comme chanteur du groupe Sexion d’Assaut. Déjà du souci, et plusieurs.

Car il y a déjà eu des commémorations à Verdun, et même souvent : par exemple pour le Cinquantenaire, en 1966. Et quelle musique joua-t-on en 1966 ? Le Requiem allemand de Brahms (Ein Deutsches Requiem), immense oeuvre dédiée à la paix de tous, et spécialement venue sceller non l’oubli, non la réconciliation, mais le définitif non-conflit entre voisins. Même si la Guerre des Malouines montrera autre chose, un missile Exocet de fabrication française carbonisant en une seconde des dizaines d’Anglais. Qui se sont vengés comme on sait en envoyant par le fond les quelques 600 appelés du General Belgrano .

J’ai vraiment l’esprit de l’escalier, car qui se souvient de quoi que ce soit aujourd’hui où une commémoration chasse l’autre, et où celle-ci n’a plus de survivants médaillés ? Pourtant il y a eu scandale, et je m’en souviens. A un moment tout le monde est monté sur ses grands chevaux, qui n’étaient pourtant pas de la Garde Républicaine, mise à rude épreuve sous ce quinquennat.

Or comme à chaque fois tout le monde a tort dans cette affaire, à commencer par les officines plus ou moins officielles qui en sont restées à la vision Jack Lang, du Rap e tutti quanti, iréniste pour ne pas dire bisounours. Lang il est vrai dirige maintenant l’Institut du monde arabe, meringue financée (mal) par la famille Séoud entre autres progressistes comme lui ; alors il proclame que l’islam est religion de paix et de lumière. En quoi l’actualité historique lui donne constamment raison, on le voit. En tout cas dans cette perspective le rappeur incriminé était dans son rôle, la main sur le coeur, son aïeul tirailleur sénégalais (des combattants d’un courage incroyable ; mon grand-père Louis VIAUD a combattu à leurs côtés de 1915 à 1918), etc. Mais rien n’est simple, et quand on fait dans le rap c’est bien rare qu’on ne morde pas le trait à un moment ou un autre.

Ainsi le terme kouffar est insupportable car sectaire, xénophobe et raciste. Non sans doute ici celui qui le profère, mais le mot lui-même, « mécréant », et surtout ses connotations. Quand ma grand-mère catholique et dévote m’appelait mécréant et païen, parce que je n’allais plus à la messe avec elle, c’était avec amour – elle s’inquiétait pour la santé de mon âme. (Personne ne s’inquiétait alors aussi pieusement qu’aujourd’hui de la santé du corps ; quelques-uns encore de la santé de l’âme). Quand les barbares absolus de Daech nous traitent de « kouffars », c’est une injure raciste dont ils mesurent la portée, qui signifie en vérité « sale porc », et les autorise à nous égorger sans même y penser. Même en pleine messe un prêtre octogénaire.

Alors ce plaisantin qui se prend pour un artiste et se croit français parce qu’il vit en France, s’il connaissait le sens des mots aurait dû prendre l’élémentaire précaution de bannir celui-ci de son vocabulaire (sinon, à qui voulait-il plaire ?). Car à ce seul mot, son ancêtre (encore hypothétique à ce jour) qui a pris le risque de se faire trouer la peau pour la France lui fait les gros yeux : même s’il était musulman, personne alors ne lui avait appris à insulter les autres croyants, ni surtout les non-croyants, en France aujourd’hui largement majoritaires selon tous les sondages récents.

Elargissons le débat à cette cérémonie officielle que j’ai suivie pieusement. On a glosé de toutes parts, souvent sur l’impopularité de l’exécutif, surtout en France. Pas de geste significatif à Douaumont – fallait-il que Merkel et Hollande se roulent une pelle ? L’avidité obscène par essence de la société du spectacle est telle qu’en vérité on peut tout en attendre. Après, les gamins franco-allemands galopant entre les tombes je veux bien mais pas davantage, il n’y avait pas là matière à s’extasier ni à s’indigner comme certains ont cru bon de le faire. Aurait-on pu faire mieux, seul un grand artiste pouvait le dire, mais qui ? En vérité toute la question était en la légitimité de cette commémoration, à laquelle ne participait, et pour cause, aucun survivant. Quand plus personne n’aura connu son grand-père ancien combattant – ma génération, donc – il faudra arrêter car cela ne dira plus rien à personne. La transmission appartiendra alors aux historiens, et plus prosaïquement (mais non plus modestement) aux professeurs des collèges et des lycées. Il n’y aura plus même aucune raison de garder férié le 11 novembre, ce qui blesse déjà et légitimement beaucoup d’Allemands. Car cette guerre fratricide, cette étreinte inutile, ils ne l’ont pas perdue par KO, comme en 1945 le régime nazi, mais seulement aux points, ou si l’on veut par jet de l’éponge. Seule l’épée de Brennus des USA jetés dans la balance avec toute la puissance intacte de leur technologie (chars, avions) a interrompu le massacre de combattants essoufflés mais hargneux jusqu’au bout. Jusqu’en 2019 je penserai à mon grand-père. Après je ne veux plus entendre parler de cette boucherie imbécile.

Fallait-il inviter un rappeur raciste, ce que personne n’avait entendu ? Avait-il un aïeul combattant, même pas à Verdun mais en 1940, ce qui semblait justifier la bourde ? La question reste obscure et finalement oiseuse. Il est grand temps que les politiques, dont les aïeux sont aussi morts que les miens, lâchent la grappe à tous ces héros malgré eux, et que nous repensions tous notre humanité, devant les nouveaux périls qui plantent en elle leurs crocs.

Alain PRAUD

Et si l’on veut : Louis, un poilu (20/11/2014)

Mono no aware, 40 : Guillotiner les islamistes ?

Oui, je suis comme beaucoup, je ne suis pas insensible à l’émotion générale même si j’essaie de ne pas céder à sa dictature.
Certes les assassins de masse et de femmes et enfants méritent la mort. La première difficulté est qu’ils la souhaitent et l’obtiennent, les rares fois où ils ne se la donnent avec enthousiasme, comme les pilotes du 11-septembre ou les camionneurs piégés qui ont détruit un quartier de Bagdad. Rappelons que Bagdad fut autour du Xème siècle une des plus grandes villes du monde, une des plus tolérantes aussi puisque s’y exprimait librement le poète Abu Nawas qui chantait la musique, le vin, et l’amour des garçons – et qui avait du temps de Saddam Hussein son avenue au bord de l’Euphrate.

Aux yeux de ces gens que j’hésite désormais à appeler humains comme moi et mes enfants, Abu Nawas eût mérité la mort, et même d’être déterré et refusillé, comme le général Queipo de Llano, bras droit alcoolique de la rébellion franquiste en Espagne, le promettait sur radio Sevilla. C’est du reste ce qui est arrivé à Federico Garcia Lorca, un des plus importants poètes du XXe siècle, que nous pleurons encore sans savoir où est son corps, chose inouïe dans un pays d’Europe, soit dit en passant. Les religions haïssent les poètes, qui leur font une concurrence déloyale, puisque avec bien davantage de talent ils parlent de tout mais pas d’elles. Et l’exemple d’Abu Nawas montre que ce n’est pas d’hier.

Le monde réel n’étant pas constitué que de poètes il nous faut gérer d’autres problèmes idéologiques, par exemple celui-ci que j’appellerai désormais IMM (Islamisme Manipulé de Masse). Cette appellation est perfectible j’en conviens, mais dans le provisoire elle en vaut une autre. Si vous trouvez mieux, je suis preneur. Cet IMM est désormais capable, et c’est ce qui jette l’effroi, de recruter en quelques jours ou semaines une seule personne comme quiconque (et de son histoire personnelle nous n’avons pas à connaître) qui va se mobiliser comme un automate sur une tâche et une seule : tuer le plus grand nombre en un minimum de temps avec un minimum de moyens. Ce qui veut dire clairement que pendant que nous tenons mobilisés 10 000 soldats d’élite qui seraient plus utiles sur d’autres théâtres en Afrique surtout, ces soldats sont évidemment incapables de prévenir et d’empêcher un acte d’IMM organisé en quelques jours avec peu de moyens. Ce qui veut dire que nous, civils, familles, enfants, ne sommes protégés que par des simulacres, ce dont le premier demi-cinglé peut faire la preuve sanglante.

Dans ces circonstances particulières il faut avoir conscience que plus grand chose ne nous protège. Une société ouverte, démocratique, oecuménique, transgenres comme la nôtre est ouverte à tous vents, c’est un escargot sans coquille, et on aura noté que l’escargot étant bisexuel et hermaphrodite quiconque se promène sans gilet pare-balles est une cible molle. Ce que nous savons de l’assassin de masse de Nice c’est d’abord que la peine de mort fût-elle rétablie ne lui sera pas appliquée, puisque il s’est arrangé pour mourir en massacrant. Sauf à peu près tous les autres. Il ne s’agit plus ni de Palestine ni d’Irak ni de quelque agression extérieure : le monde islamique au sens le plus large est devenu un monde victimaire, qui souffre de la loi sur le voile et de la suprématie chiite en Irak sur le même plan, qui abhorre l’Occident qui tolère l’existence d’Israel, qui aspire hystériquement à reconquérir Al-Andalûs, l’Espagne conquise en 722 et perdue en 1492. Des millions (je dis bien : millions) de jeunes ou moins jeunes européens- maghrébins, sans en exclure d’autres, syro-irakiens, pakistano-indiens, même bangladais, indonésiens, que sais-je, à force d’abrutissement dans des écoles islamiques où on ne leur a même pas enseigné le Coran (là où on prétend l’enseigner on le tronque à tel point qu’on en vient à expliquer pourquoi la terre ne tourne pas, la musique provoque des tsunamis et les femmes non voilées des tremblements de terre) – un monde victimaire, donc, d’au moins un million de Terriens incapable de surmonter ce traumatisme qu’ils ressassent et qui les empêche d’avancer, et pour cause, vers une civilisation déjà très en retard sur la parité hommes-femmes, avancées monstrueuses pourtant selon eux. Quand je dis un million c’est en France peut-être ; au monde c’est un milliard de semblables monstruosités.

On nous dit : mais l’Inquisition, mais les Croisades. Personnellement je me tape de l’Inquisition comme de ma première branlette, et des Croisades comme de ma première gâterie buccale due à une beurette, expérience qu’on peut dire imaginaire mais partagée par beaucoup. Le soi-disant génocide algérien est un mythe qui ne m’a pas concerné, et basta. Même s’agissant d’ Israel il est infâme de reprocher aux Juifs de 1945 d’avoir fui l’extermination européenne (3,5 millions de juifs polonais en 1940, 3500 aujourd’hui), et d’avoir fondé un Etat reconnu par toute la communauté internationale. Israel est le seul Etat du monde où les juifs se sentent protégés de l’extermination (alors qu’ils sont plus nombreux aux USA et jusque récemment en Russie, cherchez l’erreur). Depuis janvier 2015 ils savent que la France ne les protège pas, puisque l’antisémitisme actif ( où l’on tue des juifs parce qu’ils sont juifs) y est mis sur le même plan que la soi-disant islamophobie (où l’on soupçonne des islamistes assassins d’être effectivement assassins, soi-disant au nom de l’islam lu de travers).

Le problème, entre autres, est que l’islam n’est jamais vraiment lu de travers : des centaines de hâdîth, paroles définitives attribuées au Prophète par va savoir qui, valent plus que le Coran pour l’immense majorité des musulmans qui n’ont forcément pas lu un livre écrit en une langue incompréhensible forgée au VIIe siècle. On oublie trop souvent que quand des imams citent le Coran ils ne savent pas plus ce qu’ils disent que nous quand nous citons la Chanson de Roland, poème français écrit par un moine anglo-saxon au XIe siècle. Le problème adjacent, je l’ai cent fois écrit, est qu’il n’y a pas d’autorité en islam, que chacun peut s’y réclamer d’une parole prophétique et de lois qu’il n’a jamais vu édictées nulle part.

Alors voyez-vous, plutôt que de crier au rétablissement de la peine de mort (contre qui ? ils ne tuent que déjà morts), je préfère que ces abrutis de masse soient mieux repérés, isolés, écartés. Sont-ils un million qu’il faudra s’adapter aux grands nombres. En 1917 il y avait en France près de mille morts par jour que les gendarmes venaient annoncer aux parents, quand on les voyait on savait pourquoi. Il n’est pas question que l’Europe revive des choses pareilles. Et qu’on ne nous dise plus que c’est difficile à cause de l’Etat de droit. Parce qu’alors des millions de nos concitoyens jetteront l’enfant avec l’eau du bain. Et l’islam fanatique sera toujours là.

Alain PRAUD