Nishat 223

Ce monde est bien resté le même

Les oiseaux n’ont pas pris le pouvoir

et moins encore ici où ils règnent

toute l’année crieurs volubiles nicheurs

perpétuels qui nous ignorent

Quand chacun pensait mourir les tourterelles

à ma fenêtre roucoulaient dès l’aurore

dans la splendeur inhumaine de tout

Alain PRAUD

Nishat 222

Je secoue mon coeur dit-on en japonais

dans l’espoir insensé de tout comprendre

et le goût raisonnable d’aimer

ce qu’on aime sans amertume

N’est-ce pas que toute couleur est légitime

qui tombe sur nous d’un vitrail immense

Je sais que ce n’est pas possible mais

cette nuit ma plume est d’un calligraphe

Alain PRAUD

Nishat 221

Ce matin j’ai écrit un poème en rêvant

Il n’était pas plus onctueux que d’autres

mais un peu plus vertical d’humanité

C’est pourquoi je ne le donne pas ici

Non seulement je l’ai oublié en détail

mais son esprit même m’a déserté

C’est ainsi toute notre vie est un rêve

chamarré dans une époque sans esprit

Alain PRAUD

Nishat 220

Ce qui descend sur nous ce jour c’est l’esprit

de l’incertain de l’improbable de l’évanoui

séduisant du lendemain grandiloquent

L’esprit le vrai murmure à chaque instant

de notre vie dans chaque sens et interstice

de sens comme entre ces palmes qui s’inclinent

et courent de l’ambre au quasi bleu

Alain PRAUD

Nishat 218

Mesurera-t-on la détresse

des étoiles des galaxies

si éloignées si étrangères

( par exception la main gauche

tient la droite et l’étreint )

Sommes-nous devenus ainsi

privés de matière en somme

condamnés à l’espacement

orphelins du réel

Alain PRAUD

Nishat 217

Le ciment bleui par l’ombre des arbres

l’ombre gagne l’herbe et se ramifie

par capillarité elle prend en verdure

( vingt nuances sans compter les bleus )

Tout alentour le monde se moralise

vaisseau après vaisseau tant il est vrai

que la plante a pris barre sur nous

Alain PRAUD

Nishat 215

Devions-nous tellement nous prolonger

comme une batteuse du vivant ( capri

cieusement ) quand un poing s’est abattu

sur la batterie et les accessoires

de l’immense qui sous nous se dérobe

N’importe comme les petits les lucides

nous voici à la marelle dessinée

de frais juste avant nos frayeurs

Alain PRAUD

Nishat 214

Nos grands-pères allaient à l’école pieds nus

les souliers sur l’épaule pour ne pas les user

ou en sabots sur des verstes des li des lieues

par tous les temps concevables

Dans l’aube où les coqs s’interpellent

avec le sommeil leur mémoire m’étreint

Ame en toi je ne crois guère nous sommes

las ou ardents sur un coteau de tessons

Alain PRAUD