Aimez-vous Brahms ? ( 4 – le symphoniste )

Un jour de 1885 un touriste nommé Johannes Brahms passait des vacances dans un village de Styrie, vacances studieuses puisqu’il y terminait sa quatrième symphonie en mi mineur opus 98. Rentrant de promenade il voit de la fumée, il court, on jetait tout par les fenêtres, sa logeuse parut portant une brassée de papiers. C’était la symphonie n°4.

La pochette du 33 tours que j’ai depuis l’adolescence est signée Claude Rostand (Orchestre de la Radio Bavaroise, Munich, Carl Schuricht). C’est la dernière et ultime symphonie de Brahms, quatre seulement comme son ami Schumann, et comme la Rhénane de celui-ci c’est un chef- d’oeuvre mais tellement plus tard, dans un monde bouleversé par l’esthétique wagnérienne par exemple. Or pour Brahms (nous nous en souviendrons à propos de son Requiem) le seul grand maître c’est Bach, Jean-Sébastien. En fait cette musique est aussi schumanienne, évocatrice de pays plats et tristes comme de formes anciennes, la chaconne notamment ou passacaille qui inspire toute l’oeuvre. Convenez que ce n’était pas trop une musique pour djeunns en 1963-64 où je découvrais aussi les Rolling Stones et avec le même enthousiasme. Au fait ce mot d’enthousiasme devrait être réservé à la jeunesse avant 18 ans, « un dieu est en vous », pensez… Et tout de suite j’ai été impressionné par cette énergie qui se nourrit d’elle-même de surprise en trouvaille, parce qu’en vérité tout est prévu, comme chez Bach. On est toujours surpris par cette science exacte.

Dès la symphonie n° 1 je l’avais senti sans avoir les mots ni les notions : Brahms n’est pas un romantique, pas comme Schumann, surtout pas comme Berlioz, comme non plus Liszt ou Bruckner. Allez, balançons sans crainte, disons un romantique laïque et rationaliste… Il reste plutôt à l’ombre de Mendelssohn, cela s’entend dans la musique de chambre jouissive pleine de vie de celui-ci mais aussi dans ses symphonies. Par exemple la 4ème « Italienne » a diffusé partout chez Brahms, et aussi la 5ème « Réformation » bien sûr. Mais il est évident dès ses débuts que Brahms est un mélodiste de génie, comme plus tard Dvorak ou Tchaikovski. Le fameux, l’immense allegretto de la 3ème, avant d’être popularisé par Gainsbourg était le générique d’un feuilleton radiophonique que ma maman ne manquait jamais vers 14 heures, « Noelle aux quatre vents ». J’ai déjà évoqué cette symphonie terreur des jeunes chefs à cause de quelques mesures de son premier mouvement, et ce que Furtwängler en fait, alors même que personne ne comprend goutte à sa gestique de poète dégingandé. Mais c’est que le grand Furt ne dirige pas Brahms, il est Brahms, comme il est Beethoven, Schubert, Wagner. Son Siegfried donne des frissons.

Brahms lui ne cherche pas à être quelqu’un d’autre mais tant qu’à faire il préfère Mendelssohn à Schubert, même à Beethoven. A ce dernier il emprunte un sens magistral de la fugue, mais ne sont-ils pas ensemble dans la vénération du grand Bach ? Ce qui est sûr c’est que chez Beethoven à cause d’une agogique à grands contrastes parfois on manque d’air tandis que chez Brahms jamais, sa pâte sonore maintient de l’oxygène partout, on peut rêver, rire, pleurer, vivre enfin. La même année 1880 il compose l’Ouverture tragique et L’Ouverture pour une fête académique, cela pour la même université de Breslau qui venait de le recevoir « doctor honoris causa ». Bientôt ce sera enflammé d’une jeunesse le double concerto dont j’ai déjà parlé. Mais ce grand symphoniste est partout dans ses concertos, celui pour violon opus 77 dont je connais chaque mesure mais aussi et surtout ses deux concertos pour piano, le n° 1 qu’on joue moins, virtuose et proche encore de Schumann et Grieg, le n° 2 surtout vingt ans après le 1 et où il aggrave son cas. On lui avait reproché de faire trop belle la place à l’orchestre (sont-ils sots ces critiques) eh bien il en remet une couche en inventant le grand concerto pour orchestre avec piano obligé, déjà ce qu’on lui avait reproché dans son concerto pour violon, le virtuose Sarasate se répandant dans les médias pour dire qu’il ne jouerait jamais un concerto où la seule belle mélodie était confiée au hautbois.

On se souvient que Brahms avait dû longuement débattre avec son ami le violoniste Joseph Joachim dédicataire de l’oeuvre, qui trouvait lui aussi que l’orchestre avait la part belle. En fait c’est le concerto moderne qui était en train de crever l’oeuf. Bartok, Chostakovitch, Dutilleux, Dusapin… Connesson…Même provocation que dans le concerto pour violon où le hautbois a en effet un rôle essentiel dans son dialogue avec le soliste, ici c’est le violoncelle qui prend la vedette et semble ne plus vouloir l’abandonner. Sans parler du cor principal, instrument essentiel chez Brahms comme chez Schumann et Wagner. Mon conseil Youtube : Alfred Brendel, Concertgebouw d’Amsterdam, Bernard Haitink (encore vivant et actif mais né en 1929). Je sais, le temps passe et les chefs et les solistes, moi-même je ne suis pas toujours au top. Prochain article : Ein Deutsches Requiem.

Alain PRAUD

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