Le pèlerin de Compostelle (2)

« Par chance, le reste du parcours s’effectua sous un ciel radieux.
Le rythme était pris, on avalait les étapes sans difficultés, toujours avec le même rituel.
Je rencontrais des pèlerins, essentiellement des pèlerins. Le contact avec la population locale se réduisait à demander quelques renseignements relatifs aux adresses des auberges.
Compostelle n’était plus très loin.
A Ponferrada, le chemin va prendre une autre dimension. En effet, ce jour-là à l’auberge, j’allais rencontrer une pèlerine qui a depuis ce jour changé ma vie.
Un regard, certainement un sourire ont suffi à modifier ma vie. Son altruisme, sa générosité m’ont tout de suite ébloui. Une succession de coïncidences nous a permis de nous retrouver plusieurs fois par la suite sans aucune concertation préalable.
C’est une rencontre inespérée. J’étais venu sur le chemin pour partager, c’est allé au-delà de mes espérances. On a terminé le chemin de Compostelle à trois, Jean François, Isabel et moi…
Le dernier jour du chemin est arrivé, mercredi 30 septembre 2015 à 9 heures 30. Cinquante et un jours pour rallier Compostelle depuis Arles.
Pris par une immense émotion lorsque j’arrive sur la place de la cathédrale à St Jacques de Compostelle, des larmes de joie, d’immense joie suintent le long de mes joues. Je réalise que j’ai terminé le chemin, terminé les échanges, les partages.
Mais le Camino nous réserve un supplément, comme pour terminer par un feu d’artifice…Aller à Fisterra, le bout du bout, là où la terre se termine, le point le plus à l’ouest de l’Europe continentale.
La distance est courte, au regard des milliers de kilomètres parcourus auparavant. La plupart des pèlerins s’offrent ce bonus, comme une récompense pour avoir réussi le Camino. Pour diverses raisons, le nombre des pèlerins qui effectueront cette partie à pied est très peu important.
On quitte Compostelle dès le lendemain matin, il fait encore nuit. Nous traversons les rues de Compostelle entièrement désertes, quel contraste avec la veille où la ville s’agitait dans tous les sens, les nombreux pèlerins, à l’image des fourmis, avançaient vers le même point, la cathédrale. Après quelques kilomètres on laisse derrière nous St Jacques, on voit au loin la cathédrale se dessiner dans le ciel, magnifique tableau…
Le tracé jusqu’à Fisterra est bien balisé, toute notre attention se reporte sur le paysage. Et à je crois pouvoir affirmer que ce tronçon est certainement le plus beau que j’ai vu depuis mon départ d’Arles. On traverse des paysages très variés, longues forêts ombragées, champs verdoyants, petits villages très typiques…O Galicia ! que tes terres sont accueillantes.
Le spectacle sera à son comble lorsque après avoir cheminé sur les hauteurs, soudain surgit à l’horizon la mer…Ce mélange d’eau, la mer, de terre, la montagne, où nous nous trouvons, et de chaleur… Le soleil ce jour-là généreux nous transporte tous trois dans une immensité de bonheur. On est content d’être là et on est content d’être ensemble…Le trio magique qui nous unit depuis plusieurs jours savoure cet instant, on s’offre une longue accolade d’amitié.
On redescend lentement vers la mer, comme si on voulait faire durer le plaisir, conscients que notre merveilleux périple se termine.
Enfin l’arrivée à Fisterra qu’on voit au loin…Oh oui je vais garder longtemps ce tableau de l’arrivée à Fisterra dans ma mémoire…On atteint la ville en longeant la mer par la plage jonchée de coquillages, de coquilles saint Jacques…
Après avoir pris nos quartiers dans le centre ville pour passer la nuit, on se dirige vers la pointe où se trouve le phare. Accueillis au son d’une cornemuse, on s’imprègne du lieu marqué des fumerolles de différents objets brûlés par les pèlerins. On a du mal à lâcher prise, on voudrait rester et encore rester…
Oui notre chemin est bien fini. Chacun va repartir retrouver ses proches parents et amis. On s’échange nos adresses, on se promet de rester en contact.
Oui, le chemin est terminé. Je repars chez moi à La Réunion avec des images gravées dans ma tête, des images d’amour, des images de vie…
Le chemin me manque déjà, c’est certain je reviendrai.
Une page importante de ma vie a été écrite pendant ces jours de marche. Ce n’est que la première page, j’ai hâte de vivre et écrire les prochaines. »

Michel AMBLARD

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