E.E. CUMMINGS : Cinq poèmes d’amour

(1) je t’aime (ma chérie toute belle) beaucoup

plus que personne au monde et je
te préfère à toute chose au ciel

– soleil et chant célèbrent ta venue

et même s’il se peut de l’hiver partout
avec tel silence avec telle noirceur
nul ne peut vraiment même deviner

(sinon ma vie) l’époque vraie de l’année –

et si ce qui se proclame un monde avait
l’heur d’entendre tel chant ( ou d’entrevoir
telle lumière, comme en un coeur plus heureux
que les plus heureux ça bondit plus haut que tout vers chaque

rare intimité de toi) chacun pour sûr ( ô ma
chérie toute belle) ne croirait plus qu’en l’amour

(2) quand mon amour vient me voir c’est
juste musique un peu, et un
peu plus de couleur en ogive (disons
orange)
contre silence ou noirceur…

et la venue de mon amour émet
merveilleuse senteur en ma tête,

il faut voir quand je tourne à elle
comme en moi ça palpite à s’éteindre.
Et voici que sa beauté, toute, est l’étau

dont tout à coup me tuent les apaisantes lèvres,

mais de mon cadavre-outil son sourire tout-à
coup exalte lumière et rigueur

– et voici : nous sommes MOI et ELLE…

Ce qu’il joue, l’orgue de barbarie

(3) j’aime mon corps quand il est avec ton
corps. Il est chose tellement nouvelle.
Les muscles mieux, si mieux les nerfs.
J’aime ton corps. J’aime ce qu’il fait,
j’aime ses façons. J’aime sentir la colonne
de ton corps et ses os, le tremblement
de cette ferme douceur que je vais
encore, encore et encore
baiser, j’aime baiser ci et ça de toi,
j’aime, quand je caresse l’éperdu duvet
de ton pelage électrique, et ça qui coule
sur la chair qui s’ouvre… Tes grands yeux panés d’amour,

s’il se peut j’aime la folie
de toi sous moi tellement toute neuve

(4) je transporte ton coeur avec moi (je le porte
dans mon coeur) jamais je ne suis sans lui (partout
où je vais tu vas, très chère ; et tout ce qui est fait
par moi tout seul est ton fait, ma chérie)
je ne crains
nul destin (car tu es mon destin, ma douce) je ne veux
nul univers (car belle tu es mon univers, ma vraie)
et c’est toi tout ce qu’une lune toujours a signifié
et tout ce qu’un soleil à jamais chantera c’est toi

là est le très profond secret que personne ne sait
(là est la racine de la racine le bourgeon du bourgeon
le ciel du ciel d’un arbre nommé la vie ; il croît
plus haut qu’aspiration de l’âme ou recul de l’esprit)
ce prodige maintient les étoiles distantes

je transporte ton coeur (je le porte avec moi)

(5)
là-haut dans le silence le vert
silence une terre blanche en lui

tu (embrasse-moi) iras

dehors dans le matin le jeune
matin un monde chaud en lui

(embrasse-moi) tu iras

droit dans le soleil le beau
soleil un jour assuré en lui

tu iras (embrasse-moi

profond dans ton souvenir et
un souvenir et souvenir

j’) embrasse-moi (irai)

( Traduit de l’anglais par Alain PRAUD )

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