Chanson de Roland : In Paradisum

Le texte que nous connaissons est encore bien mystérieux. Tantôt rigoureux sur les plans métrique et d’assonance, tantôt plus du tout. C’est le cas de notre dernier extrait, pourtant des plus célèbres et pour cause puisqu’il figure la mort du héros. L’assonance en [i] pourrait être respectée, mais ce serait à tel ahan et avec telles difficultés métriques qu’à quoi bon ? Cette fois j’ai choisi de n’en rien faire, laissant toute violence à ce conteur dont nous ne savons rien, notre ami, notre frère.

Li quens Rollant se jut desuz un pin.
Envers Espaigne en ad turnet sun vis.
De plusurs choses a remembrer li prist
De tantes teres cum li bers cunquist,
De dulce France, des humes de sun lign,
De Carlemagne sun seignor kil nurrit.
Ne poet muer n’en plurt e ne suspirt.
Mais lui meisme ne volt metre en ubli,
Cleimet sa culpe, si priest Deu mercit :
Veire Patene ki unkes ne mentis,
Seint Lazaron de mort resurrexis
E Daniel des leons guaresis
Guaris de mei l’anme de tuz perilz
Pur les pecchez que en ma vie fis !
Sun destre guant a Deu en puroffrit.
Seint Gabriel de sa main l’ad pris.
Desur sun bras teneit le chef enclin,
Juntes ses mains est alet a sa fin.
Deus tramist sun angle Cherubin
E Seint Michel del Peril ;
Ensemblod’els seint Gabriel i vint.
L’anme del cunte portent en pareïs.

Le comte Roland est couché sous un pin,
Il a tourné sa face vers l’Espagne.
A lui reviennent tant de souvenirs,
Tant de pays conquis par sa bravoure,
La douce France, hommes de son lignage,
Son seigneur Charles qui l’a élevé.
Il ne peut retenir ni pleurs ni soupirs.
Mais il n’oublie pas son propre salut,
Il bat sa coulpe, demande grâce à Dieu :
« Père véritable qui jamais ne mentis
Qui ressuscitas Lazare de la mort
Et préservas Daniel des lions,
Sauve mon âme de tous les périls
Que lui font courir les péchés de ma vie ! »
Sa main droite présente à Dieu le gant
Et Gabriel en personne le prend.
Tenant la tête inclinée sur son bras
Il est allé, mains jointes, à sa fin.
Dieu lui envoie son ange Chérubin
Et Saint Michel du Peril.
Saint Gabriel est venu avec eux.
Ils emportent l’âme du comte en paradis.

(adaptation : Alain PRAUD)

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