Inactuelles, 63 : Combien de couveuses à tueurs ?

A Molenbeek, petite commune du grand Bruxelles, il y a 21 mosquées, dont au moins la moitié (11 ? 12 ?) « d’obédience salafiste » comme on dit au Monde et à Courrier International, excellentes lectures au demeurant. Qu’est-ce à dire ? D’abord que cette commune est un ghetto musulman, et puisque nous sommes en Belgique, d’origine maghrébine, marocaine principalement. On m’épargnera de citer mes sources tous les quatre mots, tout cela est bien documenté. Quand j’étais gamin, je veux dire avant d’avoir entendu parler de celui de Varsovie, je n’avais rien contre les ghettos, surtout s’ils inspiraient West Side Story. Et à la limite, maintenant encore, mon Dieu… Si les gens se sentent bien dans leur entre-soi à partager les mêmes traditions, la même cuisine… Pour des raisons privées j’aime le Chinatown parisien, ses étranges boutiques, ses commerces de fruits mal connus, de pâtisseries étonnantes, ses restaurants immenses où je suis le seul non bridé, où arrivent en cinq minutes des plats bizarres et succulents… Je puis même entrer dans un temple sans prier, sans allumer de baguettes d’encens, juste rester là silencieux quelques minutes et me retirer. Pourrais-je en faire autant dans une mosquée de Molenbeek (ou de n’importe où ailleurs, du reste) ? Je vous défie bien d’essayer.

Vous aurez beau vous contrefaire, baskets de marque, capuche, air avantageux, démarche chaloupée, casque hi-fi d’où sourd la dernière tendance du gangsta-rap. Dès votre entrée dans le quartier vous êtes repéré, simplement parce qu’on ne vous a jamais vu, et que vous n’avez pas les petits signes de connivence faute desquels on n’entre pas, non qu’on vous en empêche, mais entrer c’est comme sortir sans avoir vu personne. Une transparence, un filet d’eau. Cet Abdeslam enfin sous main de justice était bien là comme un poisson dans l’eau, et il est vraisemblable, quand on le cherchait un peu partout, qu’il n’a pas bougé de cette commune où vit sa famille, du moins ce qu’il en reste. Les terribles attentats-massacres du 23 mars n’ont pas changé la donne, au contraire, car d’autres communes du grand Bruxelles se sont retrouvées, bien malgré elles, sous les projecteurs des médias. Bien malgré elles ? C’est une partie de la question, qu’on le veuille ou non. Où cesse la communauté, où commence le communautarisme ? Comment, dans ce que nous appelons un quartier, peuvent s’introduire sans que personne ne s’en rende compte des dizaines d’armes de guerre, des milliers de munitions, des centaines de litres de produits susceptibles de fabriquer les explosifs dont nous voyons bardés ceux que les médias paresseux appellent inconsidérément « kamikazes », au mépris de toute vérité historique ? (les vrais kamikaze = vent des dieux = cyclones, expression japonaise justifiée par deux invasions chinoises détruites par deux cyclones, étaient des jeunes gens pour la plupart issus de familles nobles ou militaires, qui de bon gré souvent mais pas toujours acceptaient de se sacrifier pour l’Empereur, en frappant des cibles exclusivement militaires, bases, croiseurs, porte-avions de l’US Navy, à qui ils ont infligé des dommages remarquables – mais jamais aucun objectif civil, a fortiori femmes et enfants comme à Lahore le 26 mars. Je n’emploierai donc plus, pour nommer ces égarés, que le syntagme « bombe humaine »).

Encore les explosifs des attentats de Paris, même de Bruxelles (le fameux TATP) sont-ils de faible intensité, comparés à celui de Lahore qui vient de massacrer en plein air des dizaines de mères et d’enfants. Ces explosifs militaires de dernière génération ne sont pas encore arrivés en Europe semble-t-il et c’est ce qui m’inquiète, car le semble-t-il est inacceptable dans ce contexte. A quoi ressemble un futur terroriste explosif ? A rien de particulier. J’ai eu à Luchon au début des années 2000, et aussi à la Réunion au début des années 2010, d’excellents élèves que de toute évidence le discours laïque dominant scandalisait, mais qui s’efforçaient de se couler dans ce discours mieux encore que les autres, et pourquoi ? Pour complaire au prof qui les amenait à la mention au bac, sans doute. Pour se dissimuler à un ou des infidèles irrécupérables, peut-être aussi, et comment lire dans les yeux de gamins qui se montrent dévots du prof ? Certes lecteur assidu du Coran je leur en montrais des pages que bien souvent ils ignoraient (ainsi la sourat IV « Marie », et son récit fabuleux, incroyable de poésie, de la naissance de Jésus : les yeux ronds de mes excellentes élèves « zarabs », de grandes familles indo-pakistanaises, qui jusque là se croyaient bien plus savantes en religion que le prof mécréant… Maintenant adultes, futures juristes ou chirurgiennes, elles ne m’en veulent nullement, je les retrouve sur les réseaux sociaux. Mais les musulmanes éduquées ne seront jamais terroristes. C’est pourquoi, comme Malala, Nobel de la Paix et martyre de la cause des femmes, il faut lutter pour l’alphabétisation des femmes en pays d’islam. Sommes-nous si loin de Molenbeek ? Je n’en crois rien.

La pire erreur, et pourtant si répandue, est de prendre les hommes et femmes politiques pour des demeurés qui ne comprendraient rien à leur étrange métier. Or toute mon expérience des quarante dernières années m’a instruit du contraire. On peut tout dire de ces gens, mais pas les sous-estimer intellectuellement. En politique, à une certaine altitude, il n’y a plus de cons, savez-vous pourquoi ? Parce qu’ils ont survécu. Et plus le pays est grand, plus c’est compliqué de survivre. Surtout quand on n’a pas de milice politique qui guide les avions sur la file d’attente, pour du pain.

Pendant la Grande Guerre, la Der des Der, celle qu’a fait mon grand-père, « on les aura » signifiait qu’après ça plus rien. Surtout dans les campagnes désormais désertées par tous ces morts de Verdun et d’ailleurs, ces terribles monuments aux morts où on lit gravés dans la pierre les noms de deux ou trois familles seulement, le village aujourd’hui déserté. C’est à cela que va ressembler la Syrie de demain, avec cette circonstance aggravante de la proportionnalité des morts sur les vivants, car il s’agit ici d’au moins 270 000 morts, civils à 90%. Et au moins 80% de ces morts sont des victimes de Bachar et de son régime totalitaire digne de la Corée du nord. Ces données dérangeantes je les rappelle depuis 2011 et les rappellerai aussi longtemps qu’il faudra. Et comme personne n’échappe à son destin je ne désespère nullement de voir Bachar, même réfugié en Russie (où, sinon ?), poursuivi et jugé par un TPI de nouvelle génération, qui sans nul doute verra le jour.

Un secrétaire d’Etat frais émoulu, et carrément brut de fonderie, vient de dire qu’il y avait en France une centaine de Molenbeek. Première leçon (de ténèbres) : il est urgent que le personnel politique fasse des stages accélérés de comportement médiatique, car mieux vaut mille fois une langue de bois poli et ciré que ce genre de couanneries où l’à peu près le dispute à l’incompétence. Deuxième leçon, car même dans les propos de comptoir il y a un fond de sens à sauver : il serait grand temps, après avoir sermonné la Belgique, de reprendre la main dans des « quartiers » où depuis trop longtemps l’état de droit n’a plus mis les pieds. Car l’insensé connaît quantité de nuances. S’il ne nous est d’aucune utilité de savoir pourquoi un taliban pakistanais croit gagner le paradis en déchiquetant les enfants d’une aire de jeux, et leurs mères (car oui sans doute il y a des degrés dans la barbarie), nous devons continuer à nous interroger, nous autres Européens, sur ce qui peut pousser un jeune doté de facultés ordinaires à se faire exploser bourré de clous dans un wagon de métro. Pour rien ni personne, car je défie quiconque de trouver dans le Coran la moindre justification d’attentats contre l’espèce humaine, voire contre les croyants eux-mêmes – mosquées chiites au Pakistan, mosquées tout court au Nigeria, sans parler de trous noirs comme la Somalie des Chebabs, anus de toute pensée humaine.

Nous autres civilisés, laïques, agnostiques, athées, il nous faut bien admettre que le Mal existe et qu’il se réchauffe à nos foyers.
Pas seulement le mal islamiste, gangrène à traiter en urgence, et s’il le faut par amputation des membres nécrosés. Mais une sorte de Mal néo-romantique, jailli du web et attisé par les amplificateurs médiatiques : Petit minable sans repères, sans boussole, sans idéologie, sans opinion sur rien, sans parents respectables selon toi, sans maîtres en quoi que ce soit, sans diplômes utiles, sans compétences acquises à l’école ou en dehors, viens vite nous rejoindre dans la néantisation de tout. Un père a dit : j’aurais dû égorger mon fils moi-même. Nous sommes bien au seuil de questions que nul ne s’était posées, pour lesquelles nulle réponse n’est écrite. Une page blanche en somme. C’est un vertige, et aussi un formidable défi à notre intelligence. Car bien sûr que de cette crise nous sortirons. Et vivants. Mais dans quel état ?

Alain PRAUD

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