Nishat 87

Aujourd’hui j’ai voulu tailler le mûrier
avec l’aide de ma fille la benjamine
la voisine en promenade a pris sous le bras
ces feuilles dont ses tortues sont friandes
certaines sont plus pesantes que nous
et deux ou trois fois plus âgées J’aime
cette supériorité placide ces êtres lents
et pacifiques qui nous toisent
depuis leurs millions d’années sans
guerres civiles ni invasions ni génocides
je les comprends je leur parle comme aux arbres
et aux araignées mes amies tissandières

Comme on est en saison des pluies il a fallu
composer avec les heures la journée le bruit
tiède des feuilles du cannelier le froissement
d’ailes des basses branches du cocotier
nous l’élaguerons demain moi les deux filles
il a fait une noix verte dont on ne sait que faire
ni les voisins car un cocotier à cette altitude
cela ne s’est quasiment jamais vu comprenez-vous

Ici tu pars trois mois et les lianes chouchou
sont à l’assaut des toits en énormes feuilles
leurs fruits réputés assommeraient un chien
ton coeur devant la nature se serre comme
celui d’Apollinaire et de Didier soudain
parti en coup de vent au matin de Noël
à l’aube où s’exerce le bras et s’élance
devant la vitre embuée le geste ample
qu’on ne refera plus ni ailleurs

Alain PRAUD

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