Murasaki-shikibu : Poèmes

On est à peu près sûr de l’existence historique de Murasaki-shikibu (978 ? – 1014 ?)(1025 ?), dame de la cour impériale japonaise Heian alors dominée par le clan Fujiwara dont elle est membre (mais on ignore son vrai nom : nous n’avons que deux pseudos). Elle a épousé, entre 998 et 1001 où il meurt après lui avoir donné une fille, un cousin bien plus âgé mais prince de cour, Fujiwara no Nobutaka, que nous appellerons désormais familièrement Nobutaka. Ce n’est qu’ensuite, veuve et désoeuvrée, qu’elle aurait entrepris d’écrire ce chef-d’oeuvre universel, le Dit du Genji (Genji monogatari) (1001-1005, plus probablement 1010), roman courtois ponctué de 974 poèmes ; dès 1005 elle était entrée au service d’une des deux impératrices-consorts de cette cour extrêmement codifiée (dont certains codes perdurent au Palais impérial, en particulier la langue officielle inchangée, la danse de cour Bunraku, la musique de cour Gagaku qui inspirera Messiaen dans ses Cinq haïkaï). Avant de lire les poèmes de Murasaki (« la pourpre ») il faut avoir un peu cela en tête. Mais des commentaires ne seront pas superflus…
(tous ces poèmes sont des tanka, de métrique immuable : 5-7-5 / 7-7) (31 syllabes)

(voyage à Kyûshû, île du couchant, peut-être en accompagnant son père) :

Quand je vois la lune
et que je me représente
les mers du ponant
je ne puis tous ces temps-ci
m’empêcher de fondre en larmes

(à propos de la mort de sa soeur aînée, et de la soeur cadette de sa cousine du clan Taïra, à Kyûshû donc à plus de 1000km. L’oie sauvage est la messagère poétique par excellence) :

Aux ailes de l’oie
qui s’envole vers le nord
confiez vos lettres
que par les nues vos écrits
jamais ne cessent d’affluer

(aux fleurs de cerisier (quelque rivale ?) s’adresse sans détour la fleur de pêcher en personne) :

Cueillie tu seras
vue de près plus belle encore
ô fleur de pêcher
et je n’aurai de regret
pour le cerisier sans coeur

(une amie est morte en pays lointain) :

Si l’on me disait
sur quel chemin s’est perdue
l’oie qui dans les nues
s’est écartée de la troupe
j’irais bien à sa recherche

(et tout de même, pleurant Nobutaka son mari, sachant que celui-ci avait déjà de nombreux enfants, et parfois de l’âge de sa jeune épouse) :

Le petit du canard
disparu derrière l’île
au brouillard du soir
éperdu suit du regard
le sillage qui s’efface

Alain PRAUD

(traduction : René SIEFFERT)

Harunobu
(illustration : HARUNOBU Suzuki (1725-1770), Portrait imaginaire de Murasaki écrivant le Dit du Genji)

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