Mono no aware, 33 : Déchéance de nationalité, un débat biaisé

Depuis qu’il est question de déchoir de la nationalité française quelques binationaux reconnus coupables d’actes terroristes sur le territoire français (vous avez déjà ôté toutes les parenthèses, et accumulé toutes les restrictions), c’est dans certains milieux politiques un cyclone dans l’encrier. Quiconque prétend au titre nullement envié désormais d’intellectuel de gauche, pléonasme ridicule des années 80 de l’autre siècle, monte au créneau avec la lance et l’écu : pour n’en citer qu’un et économiser de l’encre, Benoit Hamon la voix de ses maîtres prétend parler au nom du « peuple de gauche », catégorie ectoplasmique en laquelle on se demande qui peut se reconnaître, aujourd’hui moins encore qu’hier – le peuple de Hollande ? du Front de Gauche ? de Macron ? En tout cas votre serviteur n’en est pas, comme de tout tiroir où on prétendrait l’étiqueter comme un insecte.

Je suis favorable à la déchéance de la nationalité française sous certaines conditions, ce qui déjà me coupe des extrémistes, je devrais dire confusionnistes, qui s’empressent comme un seul homme grégaire de citer le décret de 1940 signé Philippe Pétain et déchéant de sa nationalité un certain Charles de Gaulle. La ficelle est si grosse, dira-t-on… Mais pourquoi se gêner quand on a des convictions, et qu’on s’emploie à les ridiculiser ?

Car de quoi s’agit-il ? De déchoir de leur nationalité, comme cela se pratique dans de nombreux pays nullement plus méprisables que le nôtre, des binationaux reconnus auteurs de crimes d’une particulière gravité en relation avec une entreprise terroriste (depuis le Bataclan, plus besoin de faire un dessin) ; de les expulser de France une fois qu’ils auront purgé leur peine (vu la gravité, on peut penser qu’ils seront parkinsoniens pour le moins), à la condition expresse que le pays de leur seconde nationalité accepte de les recevoir, ce qui ne s’est encore jamais vu en pareil cas. Et il faut imaginer la réciproque, car la Tunisie vient de l’officialiser pour ses binationaux, tous terroristes extrêmement dangereux : sommes-nous prêts à les accueillir ? On imagine le tollé.

On peut donc déchoir de leur nationalité (française, par le droit du sol) quantité de gens qui seront de facto inexpulsables où que ce soit. Alors qu’en fait-on ? Beaucoup de bons esprits qui ont une culture historique mais guère de bon sens suggèrent de rouvrir le bagne de Cayenne, c’est loin, c’est cool (euh…), de là on ne s’évade pas… A condition de trouver des gardiens d’abord, qui nous coûteraient, je parle en contribuable, la peau des testicules. Et puis d’emblée les juridictions internationales (que nous n’avons pas les moyens de contourner, comme les USA à Guantanamo mais qui s’en mordent les doigts) nous adresseraient une petite claque décisive.
Car même si cela ne se voit pas encore assez, le monde est pris dans un réseau de juridictions universelles, et chacun en fait régulièrement l’expérience : Comment, vous avez le droit de vous mêler de mes affaires intérieures ?- Ben oui, désolé, car ce sont des questions universelles.

Nullement juriste autrement qu’amateur je ne fais ici qu’esquisser les contours d’un problème que tout tenancier de bistrot tient pour simplissime, précédant en cela ses clients habituels qui le simplifient encore. Je ne méconnais nullement le fait vérifiable que cette proposition est d’abord venue de zones glauques de l’échiquier politique ; mais si Hitler dit qu’il fait jour à midi, est-ce pour autant un mensonge ? Et si des héritiers d’Hitler s’emparent d’une proposition discutable (justement discutable) pour en faire un slogan qui pue l’hitlérisme, devons-nous par réflexe l’abandonner aux chiens sous prétexte que désormais elle pue, alors que dans le même temps des millions d’électeurs français (des millions) disent qu’elle ne pue pas, bien au contraire ? Ce peuple qui ne nous convient pas, faut-il en changer ?

Mon avis comme citoyen est que la déchéance de nationalité ne sert probablement à rien quant à la prévention de crimes et délits liés au terrorisme, pour la simple raison que ces gens n’ont ni lieu ni feu, et que s’ils en avaient ils les ont reniés. Alors c’est de l’ordre du symbolique, ce qui n’est pas péjoratif de ma part : dans le fonctionnement de toutes les sociétés humaines le symbolique permet de faire passer le réel. C’est l’excipient d’une molécule aussi amère que la quinine. A quoi servira de déchoir ces gens ? A la perpétuité réelle et qu’ils meurent en prison car leurs crimes sont inexpiables (aux aumôniers, bon courage). Le pouvoir se croit philosophe, très bien. Qu’il se débrouille avec sa philosophie de supermarché. Mais qu’en revanche on ne vienne pas lui opposer qu’il n’a pas su satisfaire l’appétence populaire pour les symboles. Car en ce domaine il est au moins digne de ses prédécesseurs. Et laisse clairement augurer de ses successeurs quels qu’ils soient.

Alain PRAUD

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