Maram Al Masri : femme, syrienne, poète

Maram al-Masri, née en 1962 à Lattaquié (Syrie) vit en France depuis 1982. Publiée dès les années 1990, elle écrit en arabe et en français, est traduite dans de nombreuses autres langues. Poésie directe, engagée, charnelle voire érotique, tout ce que nous aimons sur ce blog, et si rare dans le monde arabo-musulman. Une grande dame de la poésie arabe, déjà couronnée de nombreux prix et invitée d’honneur de tout ce que la France, l’Espagne, l’Italie, etc, comptent de festivals de poésie. Une grande et belle voix. Les poèmes qui suivent ont été publiés dans l’anthologie Le poème arabe moderne(Maisonneuve et Larose, 1999), traduits par J-M. Durazzo et l’auteur (du recueil Cerises rouges sur un carrelage blanc). D’autres, plus récents, sont traduits par elle-même.

Le désir m’embrase
et mes yeux scintillent.
Je fourre la morale dans le premier tiroir venu,
me change en démon,
bandant les yeux de mes anges
pour
un baiser.

***

Donne-moi
l’amour
mon pain quotidien,
n’alourdis pas mon triste coeur
du poids d’un seul atome.
Prends-moi
ne me frappe pas même d’une rose.
Détourne ton regard
ne vois pas mes défauts,
envoie-moi tes messagers
avant d’effleurer ma terre.

***

Je le veux
chaud
et profond
qu’il me donne le vertige ;
sinon, n’approche pas.
ça part
du petit doigt de ma main,
pour finir à la pointe de mes pieds,
en passant
sur mes monts,
mes vallées et mes pentes
et captive
mon âme.

***

Le serpent va mourir
quand
il me mordra
il savourera
ma douleur.

***

La poussière
Une voyageuse comme moi
Une immigrante comme moi
qui, malgré tout, ne s’enracine nulle part
Sans patrie
elle vient de tous les horizons
portée sous les aisselles du vent
Le vent la ramasse avec son balai
avec sa chevelure épaisse
ou avec ses mains
Il la sème là où personne ne la soupçonne
Il la sème même dans le tiroir secret
du coeur

***

L’avez-vous vu ?
Il portait son enfant dans ses bras
et il avançait d’un pas magistral
la tête haute, le dos droit…
Comme l’enfant aurait été heureux et fier
d’être ainsi porté dans les bras de son père
si seulement il avait été
vivant

***

Quand vous les voyez
ne baissez pas la tête
Regardez-les,
même derrière le nuage de vos yeux.
Peut-être ainsi dans leur mort cruelle
reposeront-ils au paradis
de votre mémoire.

***

Elle va nue la liberté,
sur les montagnes de Syrie
dans les camps de réfugiés.
Ses pieds s’enfoncent dans la boue
et ses mains gercent de froid et de souffrance.
Mais elle avance.

Maram Al Masri / Alain Praud

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