Orphée enfant, 5 : Adams, Glass…

Pour une fois je vais parler de gens génétiquement anti-Boulez, mais que les autres anti-Boulez (il y en a tant) n’écoutent pas forcément, voire méprisent comme si c’était du JMJ (Jean-Michel Jarre). Or ils ne doivent pas être sans valeur puisqu’ils ont largement autant d’adeptes que JMJ (voire David Guetta, encore pire) : ici on parle en millions, peut-être en milliards. On est bien loin de Iannotta, voire de Dalbavie. Mais ces compositeurs sont dans le paysage, et ne peuvent être ignorés, même des fines gueules.

Et fine gueule je crois l’être (pas seulement en musique), pourtant j’ai ressenti comme un des grands chocs culturels du XXe siècle (le mien, pardon aux nonagénaires) l’ambitieux Einstein on the beach (1976) de Phil Glass et Bob Wilson, spectacle total, musical, théâtral, chorégraphique, radiophonique si l’on veut, à géométrie variable puisqu’il peut s’épancher sur 2 heures, mais aussi bien sur 10 ou 15 à l’instar de ces opéras chinois comme Le Pavillon des Pivoines, on sort se restaurer, on aménage son coucher, il y eut de semblables spectacles venus d’Italie au début du règne de Louis XIV, lui aussi avide de musiques nouvelles…Ce mois-ci c’est sur Mezzo, d’abord l’oeuvre que je viens de citer, dans une scénographie forcément nouvelle, mais le monologue final sur violons obligés est toujours aussi émouvant dans son idéalisme daté. Forcément daté, les idéalistes se cachent maintenant.

Ces temps-ci sur Mezzo on peut aussi entendre un des grands opéras de John Adams. Nixon in China , et j’aime aussi ce compositeur de notre temps, un peu trop adulé lui sans doute, mais qu’y faire ? En tout cas il sait écrire pour les choeurs, et là encore la scène finale entre Nixon et Madame, pique-niquant dans l’herbe, lui se rengorgeant d’avoir si bien rusé avec Mao, est un morceau d’anthologie. Il y a aussi à voir et entendre son nouveau Concerto pour violon (le Premier est déjà célèbre) intitulé je crois Schéhérazade, 2, dirigé par lui-même avec en soliste la belle et talentueuse Leila Josefowicz. C’est une oeuvre de grandes dimensions, 4 mouvements, et surtout une musique à programme, comme on n’en fait plus guère : il s’agit de la condition féminine en Orient, rien de moins, l’orchestre représentant la société machiste et oppressive, la soliste bien sûr une nouvelle Schéhérazade qui gagne à la fin (à vrai dire on n’en sait trop rien). J’ai l’air de persifler, mais c’est du beau violon, comme le récent concerto de Dusapin, avec la virtuosité qu’il faut, et une fort belle « Love scene » (3e mvt) suivie d’un tempêtueux « Schéhérazade et les barbus » dont vous devinez que c’est un scherzo burlesque, avant une espèce de réconciliation finale…mais dont les tonalités font irrésistiblement penser au concerto de Bartok de 1938, ce qui n’est pas pour rassurer pleinement.

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette musique, qui par son programme me rappelait le génial Harold en Italie de Berlioz pour alto et orchestre, écrit pour Paganini mais que celui-ci refusa de jouer, pas assez virtuose voyons. Mais justement ce qui me gêne c’est le programme, souligné, surligné à l’intention des mal-comprenants sans doute. Le Schéhérazade n°1, celui de Rimsky-Korsakov, était plus chromo, voire folklorique, c’était bien ainsi ; ici le côté tract politique, un peu vain au demeurant, se superpose trop souvent à la musique, du meilleur faiseur je le répète. Ce n’est que mon goût, pas forcément le vôtre : écoutez, puis parlez-m’en, parlons-en. A très bientôt pour d’autres belles musiques d’aujourd’hui.

Alain PRAUD

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