Pétrarque, sonnet 292

Les yeux dont chaudement je discourais
et les bras et les mains, les pieds, le visage,
qui m’avaient de moi tellement séparé,
et fait singulier entre tous, c’est l’usage ;

les boucles d’or pur du chef étincelant,
l’esclarmonde angélique de son rire
qui transportaient sur terre un paradis
sont poudre et de peu, souffle du néant.

Et je vis pourtant, tout m’ennuie et me fâche,
demeuré à tâtons sans la lumière aimée,
fortune de mer et vaisseau désarmé.

Qu’ainsi donc à la fin tombe amoureux mon chant :
la veine est tarie où je puisais en nombre,
cithare et fleurs en larmes mêmement.

(traduction : Alain PRAUD)

3 commentaires sur “Pétrarque, sonnet 292

  1. Merci Lod, tu connais mieux que personne les affres de la traduction…En Pétrarque j’ai un allié de longue date (1976 à peu près). Pour moi c’est le plus grand de l’occident médiéval, après les Trobadors dont il s’inspire abondamment (il lisait et parlait le provençal, fut même chanoine dans le Gers), lesquels devaient beaucoup à une poésie lyrique arabe dont il ne reste rien puisqu’ elle chantait la nature, le vin, l’amour des filles et des garçons (voir Abu Nawas, qui a son boulevard à Bagdad, et que j’ai retraduit aussi)…Il y a cette continuité qui me rassure, je me sens moins seul, en même temps ces gens me regardent…

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s