Un poète baroque, et gascon : André Du Pré

Quelque temps déjà que mon vieil ami Guy Latry (depuis 68 quand même) m’avait signalé ce poète gascon. Tout ce qui est gascon m’interpelle, c’était la langue de ma grand-mère de Meilhan-sur-Garonne et surtout de son père venu des Pyrénées lourdaises et dont je ne sais à peu près rien, sinon que d’après ce qu’on disait il parlait aussi catalan. Ensuite ce fut la langue de la famille paternelle de ma première épouse. Et celle d’un certain nombre de copains. Plus tard ce fut la langue de certains de mes plus brillants élèves. Puis de la famille ancestrale de mon fils. Alors oui cette langue me parle à l’oreille, forcément. Et quand c’est la langue d’un poète…

Seulement voyez-vous d’André Du Pré on sait bien peu de chose. Docteur en droit et conseiller royal sous Henri IV puis Louis XIII, né vers 1570 il serait mort après 1628. Pour l’essentiel il avait vécu à Lectoure, Lomagne, Gers aujourd’hui. Ainsi va la gloire du monde surtout celle d’un fonctionnaire. Heureusement il a laissé en français et surtout en gascon une poésie nullement méprisable, admirable même comme on va le voir. Du Pré était admirateur de Ronsard, à travers lui de Pétrarque qui irrigue tout le siècle et au-delà, et il écrit en même temps que d’Aubigné, que Malherbe ; et dans son registre on peut le comparer à Pierre de Marbeuf, à Saint-Amant, voire à Théophile de Viau. Si cela ne vous dit rien c’est tant pis pour eux, et les dents ne leur font plus mal. Voici un sonnet gascon d’André Du Pré, d’abord dans le texte, ensuite dans la traduction d’un autre poète gascon, Bernard MANCIET (1923-2005), dont l’Enterrement à Sabres est à coup sûr un des poèmes majeurs du XXe siècle.

Qui vùo saber qu’es aquo que d’aimar
Venga entà mi hèr son aprentissatge :
Jo li dirè qu’aquo n’es qu’ua mar
Calma tantost, tantost plea d’auratge.

Aqu’os un mau qu’om non gausa blasmar,
Ni se faschar qu’ens aporte daumatge ;
Aqu’os quaucom qu’om non pot exprimar
Que salh deus uelhs de quauque bèth visatge.

Si tu’n vos donc èste plan avertit,
(Lo bon Abat es qui Monge a patit)
L’amor no’s pot pintrar per poësias,

O, per lo mens, de las colors qu’i cau ;
Mès, per conéishe’ o son ben o son mau,
Cau qu’amoros coma jo som, tu sias.

*****

Que si voulez savoir ce qu’est aimer
Venez chez moi pour faire apprentissage :
Je vous dirai qu’aimer est une mer
Calme tantôt, tantôt pleine d’orage ;

Que c’est un mal qu’on ne saurait blâmer
Ireusement de nous porter dommage,
Un quelque chose – on ne peut l’exprimer –
Issant des yeux de quelque beau visage.

Donc, si duement voulez être averti,
(N’est bon abbé qui moine n’a pâti)
L’amour ne peut se peindre par poème

Ou, pour le moins, les couleurs qu’il y faut.
Mais pour connaître ou son froid ou son chaud,
Aimez ainsi que je le fais moi-même.

Alain PRAUD

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