Mono no aware, 32 : Comment peut-on être Syrien ?

Un hadîth très connu de tout bon musulman dit ceci : » Le paradis est sous l’éclair des sabres ». Rappelons qu’on appelle hadîth les paroles innombrables que d’innombrables témoins ou témoins de témoins affirment avoir été proférées par le Prophète personnellement. Ce corpus, bien davantage que le saint coran, tient lieu de viatique à l’ensemble de la oumma, en gros un milliard de musulmans ou prétendus tels. Si c’est vraiment un dict de Mohamed, et ce n’est pas impossible, c’est une déclaration de guerre universelle. D’abord limitée à l’Arabie qu’il fallait unifier sous une loi commune, on le comprend ; mais aujourd’hui universelle. Et jamais je n’en voudrai à Mohamed, comme à Jésus, des horreurs proférées en leur nom. D’où qu’ils soient et s’ils sont quelque part ils fulminent et je les entends (ce ne furent pas des caractères faciles) de ce qui se dit tranquillement en leur nom.

Ainsi les Syriens qui fuient la Syrie. L’immense majorité d’entre eux sont musulmans (les chrétiens qui l’ont pu se sont réfugiés au Kurdistan irakien – il n’y a pas encore vraiment de Kurdistan syrien), et c’est essentiellement ce qui inquiète l’Europe où ils arrivent en masse. Alors le climat, d’abord assez favorable, est en train de changer, comme en témoignent les forums du Monde.fr où se manifestent d’ordinaire des abonnés plutôt bien élevés, parfois même cultivés. Car ceux-là même sont en train d’oublier toutes les leçons de l’Evangile, de Spinoza, de Kant, de Jankélévitch, Ricoeur, Deleuze…pour anonner souvent une vulgate que seule peut expliquer une sorte de panique civilisationnelle.

Certes il y a beaucoup d’hommes jeunes, seuls disposés à affronter des périls dignes d’Ulysse. Mais aussi des familles, avec enfants en bas âge et même parturientes en chemin, qui devraient parler un peu aux Chrétiens que nous sommes censés être : mais qui en Europe est encore chrétien, ne serait-ce que de coeur ? Vraiment on se le demande. Je veux bien entendre les innombrables arguties cyniques qui éclosent de partout, que ces gens sont des migrants économiques déguisés, qu’en leur sein se dissimule une Cinquième Colonne de Djihadistes, que même si la paix revient en Syrie ils ne reviendront jamais, etc. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. L’argument massue de ceux qui se pensent intelligents (au sens de la chanson de feu Guy Béart) est double : 1) Pourquoi ces gens ne se battent-ils pas, armes en mains, pour défendre leur patrie ? 2) Pourquoi se fait-il qu’ils se précipitent vers l’Europe, quand tant de pays musulmans riches et sous-peuplés sont là, plus proches ?

Premièrement. Les tenants de ce genre de question, je l’ai observé, confondent allègrement migrants syriens, irakiens, soudanais, érythréens, qui n’ont pas les mêmes raisons de fuir des guerres très différentes. Les jeunes Erythréens fuient un régime totalitaire abominable qui les oblige pour rien (le voisin Ethiopien a gagné une fois pour toutes) à un service militaire de 5 années, sans espoir de trouver un travail au bout. Vous connaissez l’Erythrée ? Moi non plus, et pas envie.
Quant aux Syriens c’est presque encore plus simple. Se battre, mais contre qui ? Le premier à avoir tiré sur eux ce fut le régime totalitaire et communautariste (alaouite) de la famille Assad, rejeton Bachar. Des jeunes de Daraa écrivent des slogans sur les murs, on les arrête, on leur arrache les ongles, des tribus entières prennent les armes, des suppôts de Bachar sont écorchés vifs, et voilà pourquoi votre fille est muette. On a l’impression de lire des récits des temps mérovingiens mais nullement, dans la férocité seuls les moyens techniques ont progressé, mitraillages de files devant les boulangeries, largages d’explosifs sur les immeubles, etc. Bien entendu d’innombrables paltoquets ou sycophantes stipendiés se jettent déjà sur moi qui m’acharne à marteler ces dieux tutélaires de l’Occident chrétien, Poutine et Bachar son giton, tels Achille et Patrocle, derniers remparts contre l’islamofascisme abhorré. Certes Poutine et Bachar ont des raisons communes d’abhorrer l’islamofascisme ; il se trouve que ces raisons ne sont pas les miennes. Ils confondent volontairement l’effet et la cause, Poutine et ses prédécesseurs ayant engendré à force de guerres abominables des terroristes implacables dans tout le Caucase, Bachar et son régime sanguinaire ayant de son côté soufflé sur les braises de la radicalité sunnite pour s’offrir un épouvantail commode, qui lui a échappé c’est peu dire. Ceux qui fuient la Syrie fuient tout cela, cette non-vie, ce triomphe de la mort.

Secondement. Et en toute honnêteté intellectuelle, si cela existe encore sur un tel sujet. S’ils ne viennent pas se réfugier en Europe, alors où donc ? Déjà l’immense majorité, les pauvres, les démunis, les délaissés, les massacrés, n’ont pas cherché midi à quatorze heures : ils ont passé les frontières et s’entassent, s’agglutinent, comment faut-il dire ? en Turquie, au Liban, en Jordanie, à hauteur de quelque 4 millions. A la louche car en vérité on n’en sait trop rien sauf que ça augmente tous les jours. Les bonnes âmes qui veulent trier le bon grain et l’ivraie, je leur dis que ces gens ont accouché souvent entre l’âne et le boeuf, sauf que dans le coran Marie accouche sous un palmier, le seul qui se trouvait là. Comme quoi Mohamed en effet avait tout prévu. Tout, non : il n’avait pas prévu que son peuple, car c’est bien le sien, serait réduit à chercher refuge ailleurs qu’en terre d’Islam, puisque de la terre d’Islam les plus opulents princes ont depuis longtemps décrété que leur sol était clos pour quiconque, excepté pour le temps du pèlerinage aux lieux saints. Dont acte, et pas un réfugié politique. Politique d’ailleurs c’est quoi ? un gros mot chez ces gens. Rappelons que l’islam y a été confisqué par une secte, les Wahabites, et par une tribu, les Saoud, qui se sont attribués les lieux saints et leur gestion. Fermez le ban. Cela tout le monde le sait, comme la vassalité des richissimes Emirats, Qatar, Koweit, personne là non plus qui bronche, pas de débat car ils achètent nos Rafale et qui sait bientôt nos Mistral.

Dans ces contrées il n’y aura jamais l’ombre d’un réfugié politique, concept inexistant dans leur Constitution. Alors au Maghreb ? disent les candides. Candides ô combien, car le Maghreb, certes musulman (quoique…) est à ce point déchiré entre visions divergentes de l’islam et surtout de la démocratie qu’accueillir des Syriens mais lesquels est déjà là-bas une insurmontable aporie. D’ailleurs, chacun l’a noté, ils n’en ont pas pipé mot. Europe, arrangez-vous. La Libye est un chaos anarcho-mafieux, grâce dit-on aux Français et autres USA pressés d’éliminer Kadhafi ; voire, ce dist Panurge. Vous vous y voyez, avec Kadhafi, ses fils et les putes adolescentes qui lui servaient de garde rapprochée, gérant au mieux un flux incessant de migrants économiques au jour le jour calculé pour étouffer l’Europe ? Et quant à la Tunisie, seul pays de la région qui nous soit proche par sa conception de la démocratie (seul pays aussi avec nous cruellement frappé par l’islamofascisme, déjà par deux fois), allons-nous lui demander de partager un tel fardeau, quand elle est déjà la cible privilégiée d’organisations terroristes qui ont fait d’elle, et depuis longtemps, l’ennemi à abattre ?

Alors par pitié que les hypocrites se taisent, que les lâches rentrent dans leur trou, que les brasseurs de vent baissent une fois les bras. Et que ceux à qui il reste un cortex en état de marche et qui ont quelque pouvoir sur l’axe de cette région se réunissent autour d’une table (une grande, oui c’est certain) pour parler de ce qui seul importe aux habitants de cette région, de ce qui seul pourrait suspendre leurs souffrances infinies, celles qui les précipitent ailleurs par millions : quelque chose comme une paix. D’abord mal taillée, à la diable, au forceps, n’importe comment. Mais un peu de paix, enfin.

Alain PRAUD

6 commentaires sur “Mono no aware, 32 : Comment peut-on être Syrien ?

  1. « Et que ceux à qui il reste un cortex en état de marche et qui ont quelque pouvoir sur l’axe de cette région » : et concrètement, qui donc réunit ces deux caractéristiques, à laquelle il faudra ajouter la volonté d’agir… ? Est-il seulement possible de répondre à cette question ?

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    1. En effet Lod, et s’il y a au monde en ce moment un sujet aporétique c’est bien celui-ci, qui justifie pleinement le titre-étendard de mon blog. « Il se pourrait bien que croire au monde soit aujourd’hui notre tâche la plus difficile » disait Deleuze à sa disciple Claire Parnet. A mon avis il ne croyait pas si bien dire. Nous sommes tous au pied du mur. En même temps le plus important c’est ce qui nous incombe au quotidien : élever nos enfants, travailler avec probité, vivre. Montaigne n’a jamais dit autre chose, et je le lis sans cesse. Et je t’embrasse.

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  2. Vos analyses sont fortes et vos conclusions -une conférence pour dégager  » quelque chose comme une paix »- pardonnez-moi, faibles, même si bien sûr toutes les forces du coeur nous y poussent. Il n’y a pas de paix transitoire avec de tels ennemis ; la paix ne viendra, comme toujours, qu’après leur total écrasement.

    Quant au « cher et vieux pays », bien sûr qu’il est mortel puisqu’il est né, et s’est construit lentement dans la douleur. J’aimerais bien ne pas vivre jusqu’a voir son démembrement.
    Ce qui peut-être va le tuer : sa noblesse même, sa croyance qu’il y a plus précieux que lui, la compassion universelle ; la belle foi des droits de l’homme, concept metissé de christianisme et de communisme, le plus généreux dissolvant des nations.

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    1. Je n’ai pas été assez clair, Arion, pardonnez-moi. Bien entendu on ne peut négocier avec Daech, mal absolu de notre temps, pas davantage avec Bachar et son clan, criminels contre l’humanité. Maintenant que Poutine s’en mêle, l’équation devient encore plus illisible. S’il était possible. Mais comme partout il n’y a pas de solution exclusivement militaire : pour abattre Hitler il a fallu s’allier avec le diable Staline, et d’abord massivement le financer. Realpolitik est un mot allemand, du reste. Très heureux de vous lire.

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  3. La realpolitik pour un peuple et un chef d’état digne de lui ne devrait être que l’inlassable obstination à sa propre cause, survie ou rayonnement. C’est un génie anglosaxon, russe, chinois, rarement français. On compte sur les doigts d’une main les hommes qui chez nous ont fait passer avant toute autre considération l’intérêt national : sans doute Louis XI, à coup sûr Richelieu, Louis XIV, Napoleon, de Gaulle. Depuis quarante ans nous n’avons plus guère que de petits hommes pour qui l’idée nationale est à reléguer au profit de l’Europe marchande et du mondialisme fleur bleue.

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