Mono no aware, 29 : Tous grecs ?

Dès que j’ai su lire un peu mieux qu’en français j’ai voulu lire en grec (le chinois, c’est plus tard) : Mênin aèidé théa…, poème fondateur de notre imaginaire, peut-être même composé avant l’Odyssée, lui qui commence, l’Iliade, par le mot « colère ».

Voilà donc, le récit qui nous fonde commence par le mot colère, bien sûr ça ne veut rien dire, d’ailleurs ce n’est pas la même Grèce, les mêmes Grecs. Proclame-la, Chanteuse, la colère d’Achille, une sacrée colère, putain de sa mère…Oui je sais, on ne traduit pas ainsi dans les bonnes maisons et les bons lycées. N’empêche que le champion des Grecs continentaux, Achille, a les boules puisque son chéri Patrocle vient d’être tué (pour être véridique, au tout début, il s’agit d’une dispute de prédateurs autour de gamines prépubères). Alors, par la grâce de ce Pacs informel et désormais funèbre, tout va changer, le monde vacille sur son axe, Troie est condamné, le mythe est bouclé.

Aujourd’hui c’est la Grèce qui est colère. Elle est colère parce qu’elle est malade, en grand danger même, et que l’Europe ne veut plus lui rembourser ses médicaments si elle ne s’engage pas d’abord à changer radicalement d’hygiène de vie. N’étant pas économiste, à Dieu ne plaise, je lis et j’écoute ce qui se dit et s’écrit de tous les côtés, et que, comme Sganarelle, j’assaisonne d’un peu de bon sens paysan. Mais je crains que cela ne suffise plus, sachant que nul n’a le monopole du bon sens, ni bien sûr de l’expertise (plus on lit et entend d’économistes qui se contredisent, plus on a envie de les mettre dans le même sac que les astrologues, et de balancer ce sac très loin du champ où s’efforce la pensée).

Mais en vérité je ne vais pas m’aventurer sur ce terrain miné où personne n’entend rien, surtout les économistes, et où les banques prospèrent, car les banques prospèrent toujours. Je voulais ici parler un peu de ces Européens nos frères et soeurs, surtout les salariés, les retraités dont on a divisé par deux la pension, je ne parle pas des artistes dont on ne parle jamais, contrats abolis, festivals supprimés d’un trait de plume, Grèce terre des arts que t’inflige-t-on quand tu n’es fautive de rien…Et ne soupirez pas car cette vague destructrice, cette vague d’acide est en train de nous lécher les pieds, que nous croyons à l’abri, comment et pourquoi ? Dès que la phynance (Ubu) entrevoit un problème de rentabilité elle taille dans la culture, dans le vif et profond. Là où ça fait mal aux esprits libres justement, et incontinent on entend les mêmes (phynanciers) qui viennent ensuite gémir de l’emprise terroriste sur les jeunes âmes livrées à la propagande islamofasciste. Trop facile, j’en fais autant quand je veux en cinq minutes.

Heureusement que les jeunes Grecs ne sont pas encore tombés dans l’escarcelle islamofasciste. Leur désespoir pourrait les y pousser, par bonheur leur culture chrétienne orthodoxe et leur défiance pour ne pas dire plus des Turcs qu’on aurait dû qualifier de génocidaires si le concept eût existé au XIXe siècle, bref les jeunes Grecs ne sont ni anti-turcs ni anti-musulmans (notez que je ne donne jamais le moindre crédit au pseudo-concept d’islamophobie, cheval de Troie ourdi par les islamofascistes pour culpabiliser les civilisations démocratiques et laïques). Cela dit l’arrogance irresponsable de certaines institutions et de certains ministres a déjà fait basculer certains dirigeants grecs dans les bras acides de certains dirigeants slaves orthodoxes, pour ne pas dire russes confits dans des postures anti-occidentales (je n’ai toujours pas cité Poutine, quel effort). Je n’avais rien contre Tsipras, mais tomber dans les bras du KGB maquillé en FSB, l’élément naturel en Russie de ce qu’on appelle en Afrique « les corps habillés », la répression avant toute sanction démocratique, et après le crime va donc enquêter…

Tout cet échafaudage pue de la base au sommet, de la Lettonie à L’Irlande, en fonction des uns et des autres puisque chaque pays a une voix. Dès lors toute crise majeure est ingérable, ce que nous découvrons. D’autant plus ingérable que la Grèce (elle le sait) est un maillon essentiel de l’OTAN…Pas simple certes puisque l’ennemie inexpiable, la Turquie, est elle aussi membre de l’OTAN…On découvre récemment que cette affaire intéresse les maîtres, Obama au téléphone avec Tsipras tu m’étonnes, mais pas trop les Grecs, le gros morceau que voulez-vous c’est la Turquie…Bref les Grecs sont sympa mais mal placés du point de vue géostratégique. A leur place je flipperais un max. Et je suis à leur place. Depuis Héraclite, au moins.

Alain PRAUD

PS : J’avais déjà parlé des Grecs il y a quatre ans (« Engeances de notation », 11/08/2011), et bien entendu je ne changerais pas une virgule, sauf que ce jour 13 juillet 2015 ils ont fini par accepter de boire la ciguë juste un peu édulcorée. Cette fois il va falloir taxer l’Eglise orthodoxe et les armateurs ; hélas il y aura encore des suicides de retraités. De toutes façons, et pas seulement en Grèce (mais en Russie, en Chine, au Japon…et partout en Europe), être vieux, dans peu, va devenir un délit.

3 commentaires sur “Mono no aware, 29 : Tous grecs ?

  1. Je mettrai bien aussi les politiques dans ton grand sac !!!
    Puisses-tu ne pas avoir raison pour ton PS …
    Mais je crains le pire ..
    Aussi buvons pendant que le vin coule encore…

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  2. Oui buvons, Michel (ce que les Grecs faisaient bien avant nous Gaulois – comme ils disent toujours , Gallikoï) – avec modération, comme ils faisaient aussi (l’immodération empêche de travailler, est donc le fait des oisifs, moines ou retraités). Mais pour que les Grecs survivent à une pareille médication, je crains qu’ils ne doivent amputer de façon drastique tout ce qui fait leur bien-vivre, qu’ils nous ont légué. Et si cela ne suffit pas, que feront-ils ?

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  3. Une telle armée d’experts au chevet de la Grèce a de quoi impressionner le chaland ! Pourtant les économistes sont indiscutablement des Diafoirus et ce ne sont pas eux qui vont sortir ce pays de la panade …ni d’autres pays d’ailleurs.
    D’ailleurs a-t-on déjà vu un expert s’engager dans un gouvernement pour mettre en oeuvre ses recettes miracles à la « yaka – faut qu’on » ? C’est insupportable.
    La vérité; en tout cas ce qui est incontestable c’est qu’au nom d’une histoire et d’une culture qui ont façonné la nôtre on a voulu faire entrer ce pays dans un système économique d’une dureté toute prussienne, tout en sachant que rien ne prédisposait la Grèce à se glisser sous ce joug fleuri certes, mais un joug quand même. Ainsi, pour utiliser une comparaison simplette, on a voulu faire entrer un pied dans une chaussure trop grande pour lui, en bourrant ladite chaussure de vieux journaux et en faisant mine de croire que la chaussure était à la taille du pied.
    Tous coupables :
    – ceux (les grecs) qui ont fait croire que la chaussure leur allait bien (en mentant sur la réalité des équilibres budgétaires requis) depuis 2001
    – ceux qui les ont accompagnés (tous les pays européens et surtout les plus influents + les créanciers qui évidemment y avaient grand intérêt) dans cette démarche, feignant de croire que la chaussure était à la bonne taille
    Bon, une fois que les Diafoirus ont expliqué (aujourd’hui seulement bien sûr) qu’on « n’aurait pas dû » … On fait quoi ?
    Ben personne n’en sait rien parce qu’aucune solution n’est bonne pour le peuple grec. Des options sont bonnes pour les grands argentiers, ça c’est sûr, mais pour les gens de la rue (je ne parle pas des popes ni des armateurs qui s’en sont foutus « plein les fouilles » depuis bien longtemps et qui continueront) ?
    Maintenant c’est haro sur les fonctionnaires (toujours quand un pays va mal .. on s’en prend aux « salauds de fonctionnaires » (cf « salauds de pauvres » dans la « traversée de Paris ») et puis les retraités (« salauds de vieux »), qui eux n’ont aucun besoin puisqu’ils sont en retraite. Déjà qu’ils sont improductifs pourquoi ne pas leur couper un peu plus les vivres ?

    Là je te rejoins, Alain, on se sent coupable de vieillir : on coûte de plus en plus cher à la Sécu, on ne sert à rien tout en grévant le budget de l’Etat.
    Quand on vit dans un monde où désormais seul le profit est roi et qu’on n’est justement plus générateur de profits, il ne reste plus qu’à tirer l’échelle.
    Sale temps pour le peuple grec (pourtant elle nous a fait rêver « Nausicaa aux bras blancs ») et aussi pour les prochains, car ce n’est pas fini …

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