CROIRE AU MONDE = CHARLIE HEBDO

Il est temps, après la sidération et le chagrin, de donner corps à ce titre.

Dès ses débuts, CROIRE AU MONDE a été porté sur les fonts baptismaux de la liberté d’expression, et de la plus exigeante. De celle qui met en danger la vie même, physique, matérielle. Mais l’idéal est à ce point essentiel que la vie matérielle elle-même devient un épiphénomène, sans lui. A quoi bon vivre s’il faut ramper, se cacher, vivre sous le boisseau ? A rien du tout, man.

Dès le 22 mars 2010, CROIRE AU MONDE a choisi de prendre le parti des menacés de fatwas définitives. Salman RUSHDIE, Taslima NASREEN.
(Inactuelles, 4 : « De Salman Rushdie à Taslima Nasreen). Sur le premier, on trouvera au jour le jour et presque heure par heure la chronique des crimes contre l’Esprit (hélas pas seulement) de foules musulmanes manipulées. J’ai bien dit : musulmanes, et j’y reviendrai. Et de lâchetés européennes, hélas surtout françaises et au plus haut de l’Etat. Sur la seconde, les horreurs toujours communes au Bangladesh, un des pays les pires quant à la condition de la femme. De la femme ouvrière n’en parlons même pas.

Ces haines glauques, massives, médiévales, néolithiques, se sont-elles atténuées avec le temps (1989) ? Que nenni, et bien au contraire, au vu des insanités criminelles qui dégorgent des réseaux sociaux depuis seulement 24 heures : ils n’ont eu que ce qu’ils méritent, le prophète a été vengé, mille autres conneries de la même eau putride. Proviennent-elles de ces milieux islamistes, intégristes, fondamentalistes, etc, dont on fait les gorges chaudes à tire-larigot dans les organes bien-pensants ? Nullement, mais de musulmans ordinaires, donc innombrables, qui considèrent tranquillement (voire avec le sourire) que massacrer à la kalach et à bout portant toute la rédaction d’un journal est méritoire sinon même héroïque.

Avant même de parler des victimes je le dis clairement : ces gens n’ont pas leur place dans la communauté humaine telle que je l’entends, j’exclus avec eux tout dialogue, je les bannis de mon esprit et les vomis de ma face. Si par hasard ils sont arrivés sur ce blog qu’ils le quittent immédiatement car ils n’ont rien à y faire, ils y seront offensés quotidiennement comme les réprouvés qu’ils ont choisi d’être.

Cabu j’ai l’impression de l’avoir toujours connu, rendez-vous compte depuis Pilote et le grand Duduche, ça remonte à quand ? et toujours vu dans le paysage, à tel point qu’en juin 2004 je n’ai pas été plus surpris que ça de prendre le café en terrasse à côté de lui rue Saint-Martin, au pied de N-D.des Champs où repose dit-on Mlle de Scudéry. La tignasse de Cabu est connue du monde entier, la mienne beaucoup moins, et il n’a même pas eu à me remercier de ma discrétion puisqu’il me tournait le dos.

Pour Wolinski c’est un peu différent, d’abord nous étions à l’Huma compagnons de route comme on disait (je ne crois pas qu’il ait jamais eu la carte) pendant des années avant que je le rencontre à Toulouse et qu’il me dédicace un de ces albums érotico-politiques qui ne plaisaient pas à tout le monde au sein si j’ose dire du Parti (Mon corps est à elles , ou A bas l’amour copain, de toutes façons j’ai les deux). Quelques minutes de conversation estivale à bâtons rompus qui m’ont laissé le souvenir d’un grand esprit (ça se flaire vite) et d’un humour sans limites (encore plus vite). Ce grand monsieur, cet aristo des Lumières a été fauché à 80 ans, une vie bien remplie et la mort héroïque en plus. Hier ce maître de vie je l’ai pleuré à chaudes larmes, plus aujourd’hui. Il a rencontré la fin la plus digne, la plus exemplaire, parmi ses camarades fusillés avec lui comme au mont Valérien par les nouveaux nazis, nouveaux ennemis du genre humain, les islamonazis. Le mot ne ressemble à rien mais c’est exprès, eux non plus.

En guise de voeux pour 2015 je commencerai donc par souhaiter une mort lâche, indigne et sale à ceux qui ont assassiné mes amis, à ceux qui les ont inspirés, à ceux qui les soutiennent, aux égarés qui les approuvent dans leur entreprise de négation de l’humain.
Ensuite, m’étant lavé les mains et la bouche, je ferai l’éloge de ceux que je n’ai pas nommés – mais c’est le même éloge que pour les autres. Ce sont tous des héros, tombés au champ d’honneur, face à l’abomination absolue que nous devons dénoncer et traquer sans relâche jusqu’à sa complète éradication.

Il y a de ces blessures qui renforcent toutes les défenses immunitaires. Celle-ci est de cet ordre, quand on voit la mobilisation, et recueillie, et grave, de toute la jeunesse de France, sans distinction aucune de culture familiale, et surtout religieuse. Chaque petite musulmane fervente et recueillie a préservé sur nos images totalitaires la frêle espérance d’un monde laïque et oecuménique. Pour demain oui, certainement.

Alain PRAUD

4 commentaires sur “CROIRE AU MONDE = CHARLIE HEBDO

  1. Je suis atterrée. C’est affligeant, et c’est grave. Un acte pareil est tellement aux antipodes de ce en quoi je crois que je me sens autant démunie qu’en colère…

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  2. Merci Alain pour cette réaction et la force de tes mots.
    Après mes 20 ans en 2001, et les terreurs de ce début du siècle, j’avoue avoir eu peu à peu la tentation, à trop regarder le beau de cette vie, de prétendre que la médiatisation de ces ignobles en continu était exagérée, juste là pour nous faire peur, car la peur fait vendre. Et puis franchement d’entendre parler de barbares me fait plutôt zapper, c’est pénible à force, alors je me cache les yeux comme on cache les yeux d’un enfant devant une scène violente.
    Et lorsqu’il y a eu les caricatures, certains de nos édiles rampants ont appelé les auteurs à la mesure, à ne pas mettre de « l’huile sur le feu »… J’ai entendu ce discours, je n’ai pas réagi. L’ancien patron de Charlie rappelait hier à juste titre le soutien non unanime de l’époque.
    C’est la lecture régulière de ton blog, et les partages récurrents que tu faisais sur fb alertant de l’ampleur de ce monstre, ainsi que les réactions de proches, qui ont définitivement alerté ma conscience. Et aussi les quelques femmes dont je ne peux voir que les yeux dans les rues de Toulouse, quand il y a dix ans je pouvais les voir toute entière.
    Non, cela ne vient pas de déséquilibrés isolés comme je voulais me le faire croire, pour me rassurer.
    Hasard, je voulais te poster cela ce matin, et puis je viens de regarder la chronique de François Morel qui s’inscrit dans ce que je viens de confier ici : « est-ce qu’on s’est pas habitué à l’ignominie à l’insupportable…? » .
    Non, je ne m’y laisserai plus prendre, plus jamais.

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  3. Mais très vite, quand ce moment de quasi communion et de battage médiatique sera passé, le fiel politicard recommencera à couler … pour ne pas perdre les vieilles habitudes et conquérir de nouveaux sièges dans nos circonscriptions campagnardes pas plus tard qu’ au printemps prochain. En voilà un bel objectif et de justes préoccupations.

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