Alain Praud : Office des ardens ( 1 – Asperges me )

Une faim d’images nous dévore (un choeur
d’images crie en nous volette en nous) au point
que tenter de les contenir serait comme
éponger la mer astéries coraux oursins
vivants ocre rouge bistre violet sombre Un
chaos dangereux mouvant : voir sa vie
son sang par une fente imprononçable

Arrosée de soleil criblée de visages
on ne peut plus humains sous la pluie de feu :
quelque chose tapie dans l’encre derrière
la clôture des mots va nous sauter
à la gorge, ramassée pourtant dans un drap
cardinalice avec de forts aplats des trans
parences suaves de feuille de rose

Rouge Toute une vie d’étoffes de peau retournée
chastes muqueuses (les couleurs de la bouche selon Francis
Bacon) haut lieu de beaux discours
enfilés comme perles broderies soutaches
d’or et d’argent comme sont nos paroles
d’amour et de mort le sang de nos actes
leur contingence

Nous nous tenons sur le franc-bord en danseuse
dans la lumière crue de fin d’après-midi
Univers rond semé de bouches de femmes ouvertes
en hommage d’oeillets mystiques d’anneaux
parfumés Que tombe la moire des nuits
Ceci est notre sang pour l’amour de vous
des jasmins des fontaines Et la lave qui court
à la mer n’est pas plus prompte que notre désir

La bête a bondi de sa nuit avec un doux nom
d’enfant mutin d’oiseau de bayadère
L’étendard du destin claque pour l’accueillir
On a éventré un magasin de soieries
à contre ciel
Voici notre sang C’est le geste qui compte

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