Mono no aware, 13 : Pendons les athées !

On parle beaucoup ces temps-ci du Bangladesh dont on ne parlait jamais. Mais pas en bien : un immeuble s’est effondré, où des milliers de travailleuses esclaves trimaient pour coudre et assembler des fringues de marques bien de chez nous, moyennant l’équivalent local de 30 euros par mois. Bilan : plus de mille victimes dit-on, mais c’est parce que là-bas on ne sait pas fouiller un immeuble effondré, et que la vie humaine n’a pas le même prix qu’ici – elle est sans prix, c’est à dire qu’elle n’en a aucun. Et les autorités, corrompues au-delà de l’imaginable, freinent des quatre fers pour établir les responsabilités de leurs protégés. Et tout d’un coup, prise de panique, la machine politique se met en branle, pour punir, empêcher, légiférer pour que plus jamais…C’est que l’industrie textile fournit au Bangladesh l’essentiel de ses exportations, alors il y a péril en la demeure. Les droits de l’homme, de la femme, du prolétaire ? Vous n’y pensez pas, voyons. Luxe de pays riches.

Pis encore, si c’est possible : en même temps (comprendre : se foutant pas mal de ce que je viens d’évoquer) défilaient à Dacca, capitale du Bangladesh, des dizaines de milliers (selon la police) d’hommes, et d’hommes seulement, exigeant la non-mixité généralisée et la pendaison des athées. Les deux, mon capitaine. Et séance tenante. La première réaction raisonnable est de l’ordre de l’incrédulité : il y aurait des athées au Bangladesh ? Bien cachés alors, sinon ils seraient zigouillés depuis belle lurette. Mais les excités veulent seulement dire : « tenants de la laïcité, ce complot des impies »…Ouf, on comprend mieux, et on est rassuré quant à l’intégrité physique des athées – cette engeance n’existe que chez nous, autant dire au diable-vauvert.

Donc on a bien compris ce que demande, démocratiquement, cette foule en colère : la pendaison de tous ceux (rarissimes : plutôt de toutes celles, comme Taslima Nasreen) qui prônent la fin des discriminations sexistes, hypocritement grimées en revendications islamistes. Kinder, Kirche, Küche, disait-on autrefois en Allemagne pour définir l’espace féminin (torcher les mômes, faire des patenotres, et la bouftance)(évidemment ça sonne moins bien en français) – voilà l’idéal des tartuffes de l’islam (radical ? que nenni : ordinaire apparemment)…Et encore, même pas : d’accord pour les mioches et la cuisine, mais pour la plupart de ces gens la mosquée même doit être interdite aux femmes. Surtout quand elles ont leurs affaires, vous comprenez (chez nous on les interdisait de bateaux, de caves à vin).

Ah, les braves gens ! On en aurait la larme à l’oeil de tant de piété sincère. Rappelons que Taslima Nasreen (que je défends depuis l’origine de ce blog) ne peut toujours pas séjourner au Bangladesh, ni à vrai dire nulle part. Parce que c’est une femme qui a eu le courage de l’ouvrir, et rien d’autre.

Alain PRAUD

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