Pasolini : Les cendres de Gramsci , IV

Le scandale en moi de la contradiction d’être
avec toi et contre toi ; avec toi de coeur,
dans la lumière, contre toi du fond des entrailles ;

traître à l’héritage de mon père
– par la pensée, dans l’ombre de l’action –
je sais que j’y suis enchaîné par la chaleur

de mes instincts, de ma passion pour la beauté ;
captivé par une vie prolétaire
à toi antérieure, c’est ma religion

que sa joie, non pas sa lutte
millénaire : sa nature, et non pas
sa conscience ; c’est la force originelle

de l’homme, perdue dans ses actes,
qui lui donne l’ivresse de la nostalgie,
une clarté poétique : je ne saurais

en dire davantage qui ne soit
juste mais non sincère, abstrait
amour et non fervente sympathie…

Pauvre entre les pauvres et prisonnier
comme eux d’humiliantes espérances,
comme eux je me bats pour vivre

chaque jour. Mais dans ma désolante
condition de déshérité
j’ai cela, moi : la plus exaltante

des propriétés bourgeoises, ce qu’il y a
de plus absolu. Certes si l’histoire m’appartient
je lui appartiens aussi ; elle m’illumine :

mais à quoi sert la lumière ?

(traduction : Alain PRAUD)

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