Pièce en hommage à Pina Bausch (fragment, 2010)

( En 2002, j’ai entrepris d’écrire une pièce en hommage à Pina Bausch. Ce devait être ma cinquième pièce. J’ai abandonné au bout de quelques semaines, puis j’ai repris ce travail en 2010 à la demande de la troupe que j’avais fondée en 1997, le Théâtre de l’Appel d’Art, qui existe toujours. Travail abandonné à l’automne. Je m’y remets dans l’espoir de livrer la pièce achevée en juillet 2011. La première pourrait avoir lieu en juillet 2012, dix ans après. Cela est sur les genoux des dieux.)

PRELUDE

(Lever de l’écran vidéo. Ella, à l’avant-scène, face au public, une pomme dans chaque main, prend une pose de danseuse classique, les bras en arrondi au-dessus de la tête)

      C’est l’histoire de Cupidon piqué par une abeille. Cupidon dit « ouch » et il se suce le gros orteil, c’est là qu’il a été piqué. Et les dieux qui contemplent la scène, assis en rang d’oignons, s’écrient « bravo ! » _  Ce n’est pas à l’abeille qu’ils disent bravo, dans ce cas ils auraient dit « brava », du reste, mais à Cupidon qui est capable de se sucer le gros orteil comme ça, au débotté, sans même y réfléchir. Car il est entendu que Cupidon est le surdoué de la famille, ce n’est pas moi qui le dis, ni même les dieux, mais les poètes, bien qu’on ne leur ait jamais rien demandé : une fois pour toutes, les poètes ont érigé Cupidon en enfant chéri des dieux, ça ne se discute pas, c’est comme ça et tirez l’échelle.

      Or Cupidon, une fois qu’il a fini de se sucer le gros orteil, empoigne son arc, le bande, et décoche une flèche droit entre les deux yeux de l’abeille qui imprudemment repassait par là, encore que ce n’était pas forcément la même abeille, mais qu’importe puisque l’amour est aveugle. Et les dieux, assis en rang d’oignons, de s’écrier derechef « bravo ! » mais encore plus fort naturellement, puisque ce coup-là est encore plus fort. Et Cupidon fait « rhah ! » en serrant rageusement son petit poing, et il ajoute quelques mots qu’on n’oserait pas écrire, même par une nuit sans lune sur un mur mal éclairé.

(Silence – au moins 5 secondes)

      C’est l’histoire de Cupidon piqué par une abeille. Cupidon crie « itaï » et il se suce le gros orteil, et aussitôt après se répand en imprécations nippones par exemple, quant à la configuration du monde et au bordel que c’est. Car enfin tout de même il était si bien tout seul tranquille à jouer avec sa bistouquette, que jamais au grand jamais il n’a sollicité ni même souhaité ce genre de stimulus frivole et bourdonnant. Mais peut-être tout simplement que c’est une de ses propres flèches qu’un jour sans y penser il avait décochée à l’azur du ciel, et que le ciel outragé lui a renvoyée bien plus tard sous forme d’abeille, au moment où il s’y attendait le moins et pour cause.

      Et hop.

(Elle laisse retomber ses bras, mord violemment dans chacune des pommes, et s’éclipse sans plus de façons)

A.PRAUD  (avril 2011)

Un commentaire sur “Pièce en hommage à Pina Bausch (fragment, 2010)

  1. J’ai passe le weekend end en répétition avec los anacronitos et Jean. J’ai pense a toi, a notre troupe et voilà qu un fragment de ta pièce est en ligne. Ta voix, Alaric, Nadine et moi, Saintes… Première lecture. Nous la jouerons! Nous tisserons des fils invisibles jusqu’à la Reunion!!!

    Je tembrasse.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s