Li Qingzhao : Un rameau de prunus

Des rouges racines du lotus le parfum manque cruellement,
     ma natte précieuse est frappée d’automne
Légère se dénoue la gaze de ma jupe
Comme je monte esseulée dans la barque aux orchidées :
Qui, entre les nuages, m’enverra lettres de brocart ?
Retour des oies sauvages, de leurs signes au ciel
Sur l’aile ouest la pleine lune luit

Les fleurs tombent en voltigeant, l’onde à son gré s’écoule
Et c’est la même amoureuse pensée
Deux lieux différents, chagrine oisiveté
Cette mélancolie comment s’en déprendre
Elle coule de mes sourcils
Pour renaître dans mon coeur

(traduction nouvelle : Alain PRAUD, mars 2011)

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    Avec Li Qingzhao (1081 ou 1084 – après 1151) nous voilà loin du vieux Tao Yuanming (365 – 427), qui par comparaison paraît austère comme un Romain de la République… Théoricienne du ci ou poème à chanter, la dame en a laissé un unique recueil, Poèmes du jade pur (Shu yu ci), dans lequel elle déploie, sur une émotion sincère, des soieries d’un tel raffinement que leur rendu en une autre langue relève comme jamais de la gageure (mais après tout, nos Troubadours…). Ce poème-ci est fait de deux sizains anisométriques, 744744 744744, et le premier vers à lui seul pose des problèmes insurmontables dès qu’on essaie de le traduire en un mètre occidental quelconque (entre 8 et 14) : les deux premiers idéogrammes, hong ou, nécessitent cinq mots français, et les trois derniers, yù diàn qiu (« jade natte automne ») veulent exprimer cette conscience mélancolique de la fuite du temps qui éloigne le sommeil de la dormeuse, esseulée sur sa couche…
    Plus difficile encore – et nous en resterons là – est le vers 5, yàn zi hui shi (« oies sauvages/ caractère-mot/ retour/ saison ») : il faut comprendre, semble-t-il, qu’alors que notre poète désespère de recevoir les lettres précieuses de son bien-aimé, les oies migratrices, elles, imperturbablement s’ordonnent dans le ciel en traçant soit une ligne (caractère « un, unique »), soit un V (renversé = « homme ») ; et ce faisant rendent plus douloureuse encore l’absence du compagnon chéri ! On atteint ici les limites extrêmes de l’exercice…Mais c’est bien beau, et cette jeune femme a bien du talent.

     

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