Au pays de Papouasie, 5 : Apollinaire, Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
           Et nos amours
     Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

           Vienne la nuit sonne l’heure
           Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
           Tandis que sous
      Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

           Vienne la nuit sonne l’heure
           Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
           L’amour s’en va
      Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

           Vienne la nuit sonne l’heure
           Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
           Ni temps passé
      Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

           Vienne la nuit sonne l’heure
           Les jours s’en vont je demeure

      « Me voilà donc comme un autre Marius sur les ruines d’une Carthage que sont mes amours défuntes. » (à Madeleine, 30 juillet 1915)

      Le 1er janvier 1915, dans le train Nice-Marseille, Madeleine Pagès, jeune professeur de lettres à Oran, fait une rencontre qui la bouleverse. Suivra, de mai 1915 à mars 1916 – après sa blessure du 17 mars les lettres du poète s’espacent, leur relation s’éteint – une correspondance quasi quotidienne, comme avec Lou mais sur un ton bien différent : un véritable échange, moins brûlant, plus confiant, un vrai dialogue intellectuel (accompagné d’une cinquantaine de poèmes), plus tard publié chez Gallimard avec une émouvante préface de Madeleine (1952, émotion intacte) sous le titre Tendre comme le souvenir (réédition dans la collection « L’Imaginaire », 1997). Des quatre plus célèbres « veuves » d’Apollinaire, Madeleine est finalement la plus crédible.(*)

      Et c’est dans la même lettre-fleuve du 30 juillet qu’il évoque longuement les circonstances de l’écriture de « Zone », qu’il rattache clairement à Marie Laurencin et à leur rupture :
      « En 1907 j’ai eu pour une jeune fille qui était peintre un goût esthétique qui confinait à l’admiration et participe encore de ce sentiment. Elle m’aimait ou le croyait et je crus ou plutôt m’efforçai de l’aimer, car je ne l’aimais pas alors. (…) Elle voulait que nous nous mariions, ce que je ne voulus jamais, cela dura jusqu’en 1913 où elle ne m’aima plus. C’était fini, mais tant de temps passé ensemble, tant de souvenirs communs, tout cela s’en allant j’en eus une angoisse que je pris pour de l’amour et je souffris jusqu’au moment de la guerre où je connus une femme charmante (…) » (Lou)
      Et plus loin : « le Pont Mirabeau est aussi la chanson triste de cette longue liaison brisée avec celle qui ayant inspiré Zone dessina pour la couverture de la traduction allemande du poème mon portrait à cheval et de ce poème-là, elle saisissait bien toute l’amertume en outre au point d’en sangloter et que, si ç’avait été possible, si elle avait bien connu mon coeur aurait tout renoué. »

      Le pont Mirabeau, jeté dans les années 1895 entre les rives gauche (Grenelle) et droite (Auteuil), se voulait défi technique comme la tour Eiffel chantée à la même époque par Apollinaire (Zone, 1912)

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

mais à la fois plus modeste et plus tarabiscoté, avec statuaire pompeuse genre Belle Epoque triomphante. Son audacieux tablier d’acier est juste assez ajouré pour être figuré comme un calligramme négligent par le poème éponyme, pour peu qu’on veuille bien faire basculer ce dernier d’un quart de tour à droite ou à gauche (selon son humeur), dans la mise en page finalement retenue par Apollinaire, avec dans chaque « couplet » le deuxième vers rompu – et surtout l’ensemble radicalement déponctué, comme tout Alcools.

     Il va de soi que cette chanson douce se veut un pont entre Gui et Marie, comme le dit explicitement le couplet 2 ; pont paradoxal, rompu comme le v.2 des couplets (comme le pont d’Avignon, on y danse… ou à Rome le Ponte Rotto), rompu comme le couple entre lequel « l’onde » se « lasse ». Etant entendu que pour Apollinaire rien n’est jamais irrémédiable, le poète (« je demeure ») restant un point fixe dans le flux des êtres et des choses ; le pont rompu reste là pour mémoire, monument des amours mortes comme plus tard « Roses guerrières » avec Lou.
      On y reviendra forcément, à ces anecdotes, comment faire autrement ? Reste avant tout le monument, cette chanson autant et plus médiévale que verlainienne , cette élégie où toutes les rimes sont féminines, et l’écrasante majorité des substantifs, à commencer par « nos amours » (défuntes)… Poème yin par sa substance et son mouvement, ceux de l’élément liquide pour faire court, chose rare chez Apollinaire où le satyre cornu, nous l’avons déjà vu, manque rarement de pointer l’oreille ; l’unique touche de testostérone semble représentée par…Mirabeau, mieux connu en son temps comme auteur licencieux (Erotika Biblion, Ma conversion) et dont la notice, toute d’érudition bibliophile, figure en bonne place, entre le chevalier de Nerciat et le Divin Marquis, dans Les Diables amoureux qu’on allait imprimer au Mercure de France quand la guerre éclata, et qui attendra 1964 et Gallimard… Clin d’oeil qu’Apollinaire ne peut manquer de faire, il a dû maintes fois y penser en empruntant ce pont, avec et sans Marie. Mais la Seine ne peut couler sous aucun autre pont (le pont de l’Alma, à la rigueur), simplement parce que dans sa simplicité l’énoncé du vers inaugural propose un équilibre vocalique et rythmique qui l’impose comme chant :
– voyelles ouvertes, projetées dans le masque, sollicitant tous les résonateurs supérieurs de la face,
      Sous le pont Mirabeau coule la Seine

(dans le célèbre enregistrement qu’il a fait de ce poème, A. articule « la Saène »)

– deux anapestes, un trochée, un iambe :
   UU_ / UU_ / _U / U_

      Cet usage des accents toniques « comme si » l’accentuation imitait la scansion du vers latin, s’il n’est bien sûr pas systématique, est encore plus remarquable ensuite :

       La joie venait toujours après la peine

véritable pentamètre iambique ( U_ / U_ / U_ / U_ / U _ ) comme on en rencontre aussi à chaque pas dans la poésie anglaise, ainsi le vers de Keats évoquant Ruth,

      She stood in tears amid the alien corn

Et encore ce tétramètre iambe/anapeste ( U_ / UU_ // U_ / UU_ ) :

Les mains dans les mains restons face à face

, le seul décasyllabe « épique » (5+5) dans un poème où ce mètre domine, en alternance avec l’impair du refrain heptasyllabique, et les vers rompus des couplets où le décasyllabe s’efface (couplet 2 surtout) au profit d’un contretemps, syncope ou rengaine rauque et gouailleuse : « Ni les amours reviennent », chanteuse des rues ou tzigane, orgue de barbarie, vielle à roue.

      Ces vers rompus qui nous amènent à évoquer la déponctuation, ses effets sur le sens. Certes le poème gagne en fluidité élégiaque, en liberté, en mystère aussi, chaque strophe suspendue comme un oracle faussement bénin. Au point qu’on a peine à imaginer qu’Apollinaire avait d’abord écrit ceci,

      Sous le pont Mirabeau coule la Seine.
      Et nos amours, faut-il qu’il m’en souvienne ?

On songe à Pollock soudain lâchant le trait et la touche pour le dripping, et courant comme un faune autour de sa toile descendue du chevalet sur terre, épandant la peinture à flots et coulures, et que ça coule, puisque tout coule, et d’abord le Temps qui est l’objet de la peinture. C’est pourtant bien ainsi qu’Apollinaire persiste à dire son poème, après ce geste de libération : force de l’habitude ? ou c’est qu’en toute rigueur ce poème d’une nouvelle ère ne peut plus être dit, surtout pas déclamé, seulement « pensé » dans son espace proprement polysémique. Car on « entend » aussi bien désormais « coule(nt) la Seine et nos amours », de sorte que le « Faut-il » a pour objet l’énoncé qui le suit, non plus celui qui précède ; certes « venait toujours » garde une partie de son poids anecdotique et privé ; mais « nos amours », rattaché à » la Seine » (ce qui apparaît comme « logique ») gagne en universalité (toi aussi, lecteur) tout en se banalisant – pour paraphraser Jankélévitch, étroits sont les défilés entre le banal et l’universel. Tout s’écoule (Héraclite), fleuves, amours, regards, poèmes, ce que j’énonce est banal puisque déjà mille fois dit et en toutes les langues. Par exemple Li Qing-zhao, née en 1081 :

Les pétales au vent voltigent, l’onde s’écoule
Seule et unique pensée d’amour

ou encore ceci, transcrit de l’Ise monogatari par Jacques Roubaud (Mono no aware),

plus fugitif même
que l’écriture de nombres
dans l’eau qui court
est d’aimer quelqu’un
sans retour

L’amour s’en va comme cette eau courante… « Courante », s’en avise-t-on, est « triviale » aussi, et cette même valse-hésitation entre le banal et l’intemporel se retrouve dans l’ambiguïté des « éternels regards » – éternels oui (on pense aux « longs angelus » de Rimbaud), au point que « l’onde s’y lasse », le miroir s’épuise de tous ces Narcisse qui sans fin s’y mirent, toujours la même histoire et comment son éternel retour (A. est lecteur de Nietzsche) n’en affadirait, n’en exténuerait-il pas la douleur ?
     Et pour ne pas quitter le registre du désenchantement (les poncifs, non la science, désenchantent le monde), n’est-il pas révélateur que ce pont des amants (rompus, repus) porte le nom d’un libertin qui se « mira beau », quoique ne l’étant guère ? Pont des merveilles tout de même (mirabilia), comme dans le Lancelot , lieu et lien d’amour pour qui « les mains dans les mains » se regardait l’un l’autre (« face à face » a quelque chose de menaçant) ; mais dégradé sans remède par d’éternelles scènes de rupture. Sous le pont mire-beau coule (à pic) la scène (de ménage)…

      Tout ça pour ça ? Non, car de monument en monument à ses amours mortes Apollinaire ne rompt jamais vraiment (au sens passif non plus : il plie mais ne rompt pas) : reste l’Espérance, promue à la dignité de vertu théologale (autre clin d’oeil : le petit Guillaume n’a jamais vraiment rompu avec l’Eglise de Rome, sa ville natale), soulignée encore par la diérèse de « violente »:

                         Comme la vie est lente
               Et comme l’Espérance est violente

Nous n’avons plus ici une rime simple (même « riche »), mais ce que les Grands Rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle appelaient « rime équivoquée », et qui relève en fait de la paronomase – du jeu de mots enfin, dont les rapports avec l’inconscient ne sont plus à prouver (depuis 1905). On songe certes à Rimbaud,

    – et pressentant violemment la voile !

lyrisme extrémiste en lequel « viole » et « voile » se mirent et s’admirent jusqu’à la jaculation mystique. Et que dire ici ? L’Espérance chrétienne, sauf erreur diabolique de ma part, se projette, dit le Credo du Mystère de Nicée, dans la résurrexion des morts (et exspecto resurrectionem mortuorum), soit dans ce qui choque davantage la Raison, ou l’absurde même (Tertullien : Credo quia absurdum – je crois parce que c’est absurde). Face à la vie, cette feignante, l’Espérance clame : debout les morts ! injonction dont le volontarisme mâle/machiste est assez limpide. Je bande (ou banderai) encore pour toi Marie (au fait, Marie est dans Mirabeau, et aussi mairie, mariage…) ? ou plus crûment : une de perdue, dix de retrouvées, puisque la vie viole (amant) les engagements, tes fantasmes de mairie, Marie…Guillaume n’a pas eu besoin de lire Sigmund : ils sont contemporains et s’avancent , avec des boussoles pas si différentes, dans la même forêt.

      Plus généralement, il y a chevillée en lui une foi inébranlable dans l’avenir (personnel, historique, techno-scientifique). La tour Eiffel est une autre Joconde, l’avion est l’avenir de l’oiseau,

      Et je boirai encore s’il me plaît l’univers  (« Vendémiaire »)

Dans l’amour rompu comme dans la guerre qui vient, le poète se veut inébranlable, une tour ou un arbre comme sa stature (1m72) et sa corpulence lui permettent de l’espérer. A Madeleine, 30 juillet 1915 : « Ma vie de poète est une des plus singulières sans doute, mais le destin m’a toujours entouré de tant de troubles qui me plaisent infiniment après tout que je suis une des plus grandes joies de l’humanité (…) »
11 août 1915 : » Mes seuls changements sont dans les nuances comme celles qui animent la gorge d’un pigeon. Au reste, je me suis chanté ainsi.

                      Les jours s’en vont, je demeure. »

Poème de l’allée-venue, du va-et-vient (et revient), de l’éternelle évidence (tout passe, tout lasse, tout casse), oscillant entre le passé révolu des « chansons de toile »(**) et la prescience du sens disséminé, multipliant les signes du ressassement (venait, vienne, souvienne, reviennent) pour mieux revendiquer une orgueilleuse quoique mélancolique singularité, Le pont Mirabeau est à la lettre inépuisable parce qu’il ne prétend à rien moins que contenir la poésie tout entière, au centre de laquelle le poète réside serein comme Dieu dans sa création. De cela au moins, Apollinaire peut affecter d’être sûr. A Madeleine :

« La vie n’est douloureuse que pour ceux qui se tiennent éloignés de la poésie par quoi il est vrai que nous sommes à l’image de Dieu (…) La création, expression sereine de l’intelligence hors du temps est la joie parfaite. »

Sacré Guillaume…

____________________________________

(*) par ordre d’entrée dans la vie de notre ami :

Marie Laurencin (1883-1956)
Louise de Pillot de Coligny-Chatillon (Lou) (1881-1963)
Madeleine Pagès (1892-1965)
Jacqueline Apollinaire, née Kolb (1891-1967), enterrée avec lui au cimetière du Père-Lachaise.
(Madeleine ne s’est jamais mariée)

(**) Dans la Chrestomathie du Moyen-Age (Classiques Hachette, 1897 – encore en usage dans les collèges des années 60), on trouve p.278-280 une « chanson d’histoire » (ou de toile) anonyme, présentée comme datant du XIIe siècle, et dont la forme a largement inspiré Apollinaire ; qu’on en juge :

       Le samedi al soir faut la semaine :
       Gaete e Orior, serors germaines,¨
       Main a main vont baignier a la fontaine,
            Vente l’ore e li raim crollent :
            Qui s’entraiment soef dorment !

            (« Souffle la brise, les rameaux s’inclinent :
              Ceux qui s’aiment dorment en paix ! »)

Même inspiration, même choix métrique, même organisation strophique avec le distique pour refrain, rimes ou assonances « féminines » partout, même rime-assonance reprise au couplet 2 (semaine/quintaine)… et mieux encore, ceci :

           Or s’en va Orior teinte e marie ;
           Des ieuz sen va plorant, del cuer sospire,

           (« Oriour s’en va livide et marrie ;
             Pleure à chaudes larmes, son coeur soupire… »)

Marie était là déjà et se disait « meurtrie »… Ah, ces poètes…

Alain PRAUD

6 commentaires sur “Au pays de Papouasie, 5 : Apollinaire, Le Pont Mirabeau

  1. Un regard particulier, c’est vrai, sur ce poème que l’on croyait si connu, et qui reste pour moi indissociable du Colloque sentimental de Verlaine.

    J’adore ta scansion latine des vers d’Apollinaire (il y a quelque chose de presque physiquement agréable à lire les vers ainsi rythmés en longues et brèves, à prolonger, rouler, chanter les syllabes ; j’aimais cela aussi à l’époque lointaine où l’on m’a fait lire et scander Shakespeare…)

    Je ne connais pas la correspondance d’Apollinaire, et cet extrait…

    “En 1907 j’ai eu pour une jeune fille qui était peintre un goût esthétique qui confinait à l’admiration et participe encore de ce sentiment. Elle m’aimait ou le croyait et je crus ou plutôt m’efforçai de l’aimer, car je ne l’aimais pas alors. (…) Elle voulait que nous nous mariions, ce que je ne voulus jamais, cela dura jusqu’en 1913 où elle ne m’aima plus. C’était fini, mais tant de temps passé ensemble, tant de souvenirs communs, tout cela s’en allant j’en eus une angoisse que je pris pour de l’amour et je souffris jusqu’au moment de la guerre où je connus une femme charmante (…)”

    … me touche par son ton d’analyse froide et chirurgicale appliquée au domaine amoureux. C’est assez cruel.

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  2. Rapidement (Iris me sollicite pour lui apprendre à dessiner Mickey et Donald… on a les activités intellectuelles qu’on peut !) : ton interprétation du poème est vive, vivace, et casse l’image de pénombre et de brume qu’a toujours fait naître en moi sa lecture ; agréable, de re-lire de re-découvrir le Pont Mirabeau différemment…

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  3. Un commentaire savant et suggestif, mais qui laisse le mystère aller son train, ce qui est la politesse des érudits.

    Le mystère pour moi (mais je n’ai rien envie de faire pour le résoudre), c’est le vers « Comme la vie est lente », alors qu’on est dans la complainte du temps liquide.

    La scansion latine en pentamètre iambique pour le vers « La joie venait toujours après la peine » est sans doute séduisante sur le papier, mais personnellement ne me satisfait pas. Dans la réalité du souffle, je préfère la lecture ternaire « La joie / venait toujours / après la peine ».

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  4. « La politesse des érudits », comme vous y allez… C’est trop d’honneur, car je ne maîtrise évidemment pas tout : le mystère demeure, et demeurera.
    Pour « Comme la vie est lente », j’ai une idée : il me semble que cette proposition est postérieure (dans le temps de l’écriture) à celle qui pourtant la suit et rime avec elle ; Apollinaire ayant d’abord trouvé cette formule à la lettre stupéfiante « Et comme l’Espérance… » et voulant la faire rimer a posteriori. Ceci n’engage que moi puisque l’intéressé n’est plus là pour nous répondre, et s’en garderait bien ; mais si ce n’est pas trop outrecuidant, ma propre pratique m’incline à cette interprétation. Nous autres artistes sommes des bricoleurs (Claude Simon le revendiquait hautement), et quand nous tenons un bon mot, nous devons souvent nous faire violence (voilà) pour ne pas le placer. C’est aussi question d’époque : ce que s’autorisait Hugo n’est plus possible chez Apollinaire, et ainsi de suite.
    Quant à la scansion latine appliquée au vers français (et d’abord anglais), je partage vos réticences a priori : ça ne peut pas marcher puisqu’on ne parle pas de la même chose, il faudrait un nouveau lexique propre à la tonicité/atonicité des syllabes… Pour l’instant, et après bien d’autres, je me sers de cette approximation discutable, et votre lecture ternaire est évidemment plus défendable. Mais écoutez bien la diction d’Apollinaire : il me semble que celui-ci a un doute (ce qui ne prouverait rien encore, les poètes étant les moins fondés à donner les clés de leur bricolage)…
    Le problème de la langue française est qu’elle est bêtement oxytonique, et que faire avec cette infirmité ? On ruse me semble-t-il jusqu’à Guillaume qui le fait encore (mais négligemment), plus tard on s’en tamponne le coquillard puisque on a éjecté de la poésie tout ce qui faisait d’elle un objet sonore. J’oscille encore, un des derniers, peau de lapin ou momie parcheminée, entre le son insensé et le sens inaudible. Cela se tranchera après nous. Peut-être.

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  5. Certes on sait qu’il y a du « bricolage » dans la création, toute une cuisine que révèle parfois l’étude des brouillons. Mais ne voyons pas seulement le travail formel : la marque des très grands poètes, pour moi, ce n’est ni « le son insensé » ni « le sens inaudible », c’est le sens sonore. Dans la « chanson » d’Apollinaire, le paradoxe, et presque l’oxymore d’une sorte de pérennité furtive ( » comme la vie est lente / restons / je demeure / éternels « coule / passe / s’en va / s’en vont »), c’est vraiment la vie, et pourquoi l’on se retrouve vieux si vite au terme d’une permanence…

    La langue française a su compenser le handicap oxytonique en systématisant la rime. Même Verlaine, LE musicien, qui voulait lui tordre son cou, n’a jamais pu s’y résoudre.

    J’ai bien peur qu’on n’ait « éjecté » la poésie tout court. Oui, nous sommes des momies !

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  6. Bravo pour « pérennité furtive »…
    Quant à la rime, c’est un peu comme la musique tonale qu’on avait cru pouvoir remiser au magasin des vieilleries, et qui sous diverses formes est revenue en force depuis une trentaine d’années, surtout dans le chant (justement) et donc l’opéra (Adams, Glass, Boesmans, bien d’autres) : la rime, donc, sortie par la porte, rentre par les fenêtres chez tel ou tel des contemporains ; et surtout, me semble-t-il, c’est le souci du mètre qui revient. Pour ma part il ne m’avait jamais quitté.

    Et Verlaine, oui. A lui aussi – hormis sa parenthèse de bondieuseries – la poésie ultérieure a une dette immense. Et la musique, elle aussi, revient. Il le faut.

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