Inactuelles , 1

     Onfray et son hédonisme.  Pourquoi vit-on aujourd’hui dans l’immédiateté, l’éphémère, le non-passé-non-futur, l’éternel présent, etc.
1 – le futur est inquiétant : guerre sans visage et sans finalité menée par les nouveaux nihilismes,  emballements technologiques qui paraissent menacer l’espèce, dérèglement de la machine-Terre qui pourrait la menacer en effet…
2 – les grands récits d’avenir radieux ont été invalidés par l’expérience tragique du XXe siècle, et on n’y reviendra plus, sinon à très long terme (s’il y a un très long terme…). Les grandes utopies ont fait la preuve de leur vanité et de leur malignité : il n’y a rien à sauver, ni des extravagants échafaudages marxistes-léninistes, ni  bien entendu des fascismes  –  le nazisme est pour longtemps la contre-utopie absolue, du moins à cette échelle  (à une échelle inférieure, on pourrait méditer sur l’auto-génocide cambodgien)  (« Du passé faisons table rase » est décidément un des mots d’ordre les plus criminels jamais proférés… à l’égal du « Dieu reconnaîtra les siens »  du sinistre Simon de Montfort ).
     L’homme a besoin d’utopie, dit-on.  Alors que ce soient des utopies partielles, provisoires, des micro-utopies, victoires minuscules sur le nihilisme, mais victoires. Tout ce qui procède, au jour le jour, d’une meilleure compréhension des intérêts véritables de l’espèce humaine, est une victoire. Tout ce qui contrecarre la malfaisance  (ou nuit à la bêtise, dirait Nietzsche) est une avancée utile.  Chaque fillette arrachée à l’analphabétisme est une victoire, et chaque enfant soustrait à la récitation abrutissante des sourates, des sûtras, des petits livres rouges ou verts. Et toute réorientation individuelle, même infime, vers la sagesse. Car l’humanité  (la qualité d’homme) n’est ni dans les foules, ni dans les « masses », mais dans les individus  (transformer les individus en « masses » : l’utopie déclarée de tous les manipulateurs d’humanité).  Si l’espèce a besoin d’être sauvée (c’est assez peu probable), elle le sera d’abord par l’individu, ses micro-utopies salutaires, son refus quotidien de tous les néants, les par-delà, les au-delà, les tu-l’auras. Chacun de nous à chaque instant est responsable de tout l’ici et maintenant.

     Modernité de Leibniz .  Rien ne nous dit que de tous les mondes possibles ce monde-ci n’est pas, justement, le meilleur.  Et si « le  meilleur des mondes possibles » vous choque, essayez ceci : des mondes possibles, le meilleur possible.
     Le meilleur possible d’entre les mondes compossibles.  Celui-ci.

Alain PRAUD

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