Ultimes Géorgiques ( Alain Leygonie )

   La première qualité d’Alain Leygonie, au rebours du trop célèbre mot d’ordre de Rimbaud, c’est d’être absolument inactuel.
   Travaux des champs , « récit » (Editions du Rocher) entreprend d’évoquer à soixante années de distance une enfance paysanne d’avant le remembrement et la mécanisation , mais ce n’est pas une autobiographie (pas du tout ce qui se fait dans le genre) , ce n’est pas non plus un essai socio-nostalgique.  On encense des mondains dont l’art n’est qu’exhibition,  et voici une écriture d’une étonnante limpidité,  vraiment classique :  de la clarté partout, une transparence des affects qui ajoute au mystère de la résurrection des êtres et des choses.  Aucune complaisance.  Ni passéisme, ni ruralisme.  Ce n’était pas mieux avant, c’était autre.  On travaillait beaucoup, on parlait peu.  Les congés scolaires n’étaient pas des vacances.  On sortait si fourbu de la fenaison, des moissons, du regain encore, que les vendanges  paraissaient une récompense, et l’entretien des bêtes, l’hiver, en leur étable,  un plaisir recherché.  L’autorité du père ne se discutait pas.  Les hommes trimaient.  Les femmes trimaient et servaient les hommes, eux assis,  elles debout.  Tout cela évoqué d’un crayon léger,  sans appuyer,  sans passion.  Seulement le frémissement du sang qui court sous la peau.   L’odeur des bêtes est partout, on s’en imprègne,  et la Chasse est le prolongement naturel des Bucoliques et des Géorgiques  ( Leygonie parle de la chasse et des chiens de chasse, mieux que personne ).

     Romans, récits, nouvelles, entretiens,  enquêtes sur le rugby, l’univers carcéral  :  une douzaine de livres. Et depuis quelques années une passion pour Marrakech,  ses conteurs (travail en cours) ,  les jardins de  Majorelle  ( Un jardin à Marrakech. Jacques Majorelle, peintre-jardinier,  Ed. Michalon ) .  Invitation à relire Marrakch  medine de Claude Ollier  (Flammarion, 1979) – furieusement inactuel aussi, de toute autre manière.

Alain PRAUD

4 commentaires sur “Ultimes Géorgiques ( Alain Leygonie )

  1. Unplaisir de lire des textes savoureux sur une littérature qui trouve malheureusement aujourd’hui peu d’échos auprès des lecteurs. L’article sur Claude Simon est tout simplement magistral. Il donne envie de le lire ou le relire. Mais pourquoi rien sur Michel Butor?

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  2. J’ai lu Butor autrefois mais je le connais moins bien que Simon (quels écrivains « connaît »-on vraiment ?). Je crois que dans des registres différents, Bergounioux ou Leygonie trouvent, ont trouvé leurs lecteurs. Reste qu’en effet on ne parle jamais trop des vrais écrivains…

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