Une biographie imaginaire : Giovanni Peraldi

     ( un peu de détente – en tout cas pour moi  –  avec la présentation publique de mon hétéronyme préféré :  mon patronyme italianisé à la diable  –  et courant là-bas, au moins à l’époque baroque  –  et deux de mes vrais prénoms,  italianisés itou .  Au lecteur bénévole, et sagace, de démêler le vrai du vraisemblable, et le possible du loufoque … )

Giovanni Fernando Sigismondo  PERALDI  ( 1685?- 1721 ) , dit « le Peraldi de Tivoli »,  a  été trop longtemps confondu avec ses homonymes contemporains  –  au nombre desquels son lointain parent Michelangelo Peraldi, « le Peraldi de Pérouse » ( 1687 – 1750 ) –  avant que les travaux récents de Baldassare Petracci , Karl-Gustav Reinhardt , Antonio Rodriguez-Villa et Kenji Yamaguchi, entre autres, ne le rétablissent à sa vraie place où il brille d’un éclat singulier.
     Il était apparenté par sa mère, qui avait épousé un cousin germain, aux illustres familles de luthiers Ascoli-Peraldi  et Gagliano, de Crémone.  Son père, Giambattista Peraldi, mort en 1688 des suites d’une chute de cheval  (animal que Giovanni aura toute sa vie en exécration),maître de chapelle du cardinal Marc-Antoine d’Este , était l’auteur de nombreuses pièces vocales et instrumentales, dont aucune à ce jour n’a été retrouvée.
     En dépit de la brièveté de son existence, la biographie de Giovanni Peraldi demeure lacunaire.  On croit savoir qu’il apprit très tôt le violon, le théorbe, le clavecin, peut-être la trompette baroque.  L’attribution par le musicologue soviétique Ilya Makhaline de son opéra de jeunesse La Fortune de Dorothée (1699) est contestée notamment par l’école américaine  ( Dwight Primerose :  « Is really Peraldi a proto-Mozart ? »  in  Miscellaneous Baroque Studies , vol. LXXXIII , Stanford , Conn.  1977 ) .  Mais la cantate profane  Les amours d’Alcibiade  (circa 1701)  est plus certainement de sa main ,  de même que Le Choix d’Hercule (thème repris par J-S Bach et Haendel) ,  Io ou la Vache éprisePasiphaé ou la Crète en feuLa cavale de Troie ( en revanche,  Didon séduite et combustible est très probablement de son élève anglais  Arnold Baxter-Jones , ainsi que l’a brillamment établi B.Petracci )  –  ainsi que les oratorios  La lévitation de LazareThomas le douteux , Bethsabée effarouchée ( tous datés 1702-1705 et signés du monogramme  GP )  ou  Le Bain de Suzanne (1706?) , même si cette dernière oeuvre doit à l’évidence beaucoup à Stradella .
     G. Peraldi reçoit vers 1696-1697  les leçons de Muzio Stravagante , un disciple de Carl’ Ambrogio Lonati  (1645?- peu après 1700) . On constate du reste que les 144 Sonates d’église pour violon et basse obligée (1705)  rappellent,  avec davantage d’emportement et de mélancolie, celles  (1701) de Lonati , dernières compositions connues du fidèle ami d’ Alessandro  Stradella .  Pour la musique vocale, il a presque  sûrement bénéficié de l’enseignement d’Antonio Caldara  (1670?- 1736) , brièvement à Rome au début des années 1700 avant d’entrer au service des princes Ruspoli de 1709 à 1716 ;  puis, après 1702 , d’Alessandro  Scarlatti  ( à Rome de 1702 à 1706 ) , avec qui il rivalisera de fécondité  :  en moins de vingt ans , plus de 600 cantates à une et deux voix , dont la sensualité inquiète n’est pas sans annoncer  Pergolèse .
     On perd la trace de Peraldi entre 1706 et 1710.  Il se peut qu’il ait séjourné à Londres  ( K. Yamaguchi signale la mention d’un « G.P. » dans la correspondance de Purcell , in Far Eastern Baroque Review  , Kyôto, vol. XI, 1983 ) ;  des échotiers locaux mentionnent son passage à Hambourg  –  il y aurait rencontré Telemann  –  ,  à Dresde , à Vienne , où il aurait retrouvé Caldara  ( encore que K-G  Reinhardt date de 1712 le premier séjour de celui-ci dans la capitale des Habsbourg , avant son entrée au service de Charles VI )  et entendu le violon de Giuseppe Tartini  ( 1692-1770)  –  les 18 Sonates posthumes pour violon et basse continue , retrouvées par B. Petracci , d’une virtuosité très au-delà des possibilités des violonistes romains du temps , paraissent en effet plutôt dédiées au jeune virtuose ;  l’hypothèse est en tout cas séduisante .

     Il est certain que Peraldi est de retour à Rome avant 1711 :  il y dirige cette année-là une curieuse  Missa pro defunctis  pour 8 voix de castrats et double choeur d’hommes , commandée  par le cardinal Pietro Ottoboni  à la mémoire de son favori , le castrat Serafino .
     En dépit de puissantes protections  –  dont celle du cardinal Ottoboni –  les frasques diurnes et nocturnes de Peraldi  ( il fréquente assidument les courtisanes romaines , au nombre desquelles la célèbre Giovinetta LaSpina  , à qui il aurait fait un enfant )  finissent par lui attirer l’ire de patriciens tous plus ou moins en odeur de pontificat .  Le scandale culmine avec son opéra Loth et ses filles (1720) qui n’aura qu’une seule représentation  ( William  Christie, au Festival de Glyndebourne  1991, a permis la résurrection de cette oeuvre visionnaire ) . Comme il donnait des leçons de clavecin aux filles de la famille Orsini , il fut convaincu d’avoir noué avec leur mère des relations que la seule musique ne pouvait justifier ;  dans la nuit du  4 avril  1721 , les frères de celle-ci le firent poignarder par des bravi  sur les marches de l’escalier de Trinità dei Monti  alors en construction.  Il rejoignait ainsi le destin tragique  (1682) d’Alessandro Stradella .  Le bruit courut dans Rome :  « Orphée est mort ! »

     Dans une lettre de 1890 , Mandyczewski, l’ami de Brahms, fait l’éloge des cantates à voix seule de Peraldi, disant qu’elles étaient « semblables à celles de Haendel , moins importantes par les dimensions mais d’une grande intériorité  –  j’irais jusqu’à dire béatitude ». Les 36 Sonates pour viole de gambe seule (décembre 1720- janvier 1721)  – on n’en a à ce jour retrouvé qu’une  –  devraient confirmer ce jugement, voire soutenir la comparaison avec Bach.  L’Histoire jugera.

Alain PRAUD

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