« Journée claire dans la vallée »

Un rouleau de Dong Yuan  (937-975)  :  « Journée claire dans la vallée »,  encre et couleur légère sur papier  (Boston, Museum of Fine Arts)

    En lisant le rouleau de droite à gauche comme il convient,  on est d’abord dans un paysage montagneux de type karstique, plus ou moins hérissé de pins (l’étagement des plans de la montagne principale semble la cage thoracique d’un animal monstrueux, genre mammouth – cependant bienveillant ;  montagne en « rides » de « fibres de chanvre » , pima cun). Le premier plan est planté de feuillus au feuillage contrasté, du noir au vert tilleul et au rose orangé ; les troncs blancs dynamiques sinon torturés rappellent les tamarins de la Réunion.  A l’extrémité droite, des rapides, des chutes, puis un groupe de bâtiments (une ferme ceinte de murs, portail ouvert) vers lequel se dirigent deux infimes silhouettes courbées. Au dessus, dans une combe noyée de brume, le toit d’un temple. Au milieu du rouleau une sorte de presqu’île  formée par la confluence de deux fleuves qui paraissent se dissoudre dans un espace immense, presque vide, où on discerne une autre rive, d’autres montagnes à l’arrière-plan ; tout cela dans une brume uniformément distribuée , au point que l’eau ne se distingue plus guère de la terre ni du ciel. A la fine pointe de la presqu’île, de minuscules figures (trois, dont un cavalier et une mule ou cheval de bât) semblent attendre la barque du passeur qui arrive de tout à gauche, quasi couché sur ses rames, trait aussi léger qu’un demi empennage de flèche, et encore, tout ébarbé.  ( Au second plan près de la rive brouillardeuse, un trait qui ressemble à une autre barque, mais immobile, peut-être vide ). La « couleur légère » est à dominante saumon à droite, tilleul au centre, or blanc/or gris à gauche. Ce qui frappe, c’est la perte de densité à mesure que l’oeil se déplace dans le sens chinois de la lecture : on va du plein vers le vide, et le rouleau ne peut se lire autrement. Il n’y a pas de perspective à l’européenne, et l’échelle des petits personnages est encore peu vraisemblable tant le paysage est écrasant (mais ni hostile ni pesant). L’ensemble baigne dans une brume de lumière de plus  en plus légère de la droite vers la gauche, où monts, arbres et hommes peu à peu tendent à s’évanouir.  On sait que très bientôt le grand Vide aura gagné partout.

Alain PRAUD (juillet 2006)

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